Le 20 septembre prochain paraîtra D’un samedi à l’autre, aux éditions Monhélios (https://www.monhelios.com/) un florilège des chroniques qui paraissent chaque samedi dans la page « Débat & opinions » du quotidien La République des Pyrénées depuis mars 2002.
MALADIE GRAVE
CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 6 JUILLET 2024 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU JOURNAL « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
CRONICA PARESCUDA GER DISSATBE 6 DE JULHET 2024 EN LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
Petit, très petit, j’ai failli passer l’arme à gauche. Pourquoi pas à droite ? Allez savoir ? Enfant, j’ai attrapé toutes les maladies infantiles : scarlatine, oreillons, coqueluche, rougeole, varicelle, bien d’autres dont j’ai oublié le nom. Ma mère était convaincue — elle en tenait la comptabilité précise — que je les attirais toutes et que j’avais ainsi un vrai talent pour tomber malade. On me disait fragile. L’étais-je vraiment ? Il faudrait que je consulte ma mémoire. Mais le voudra-t-elle ? Elle est turbulente comme je l’étais autrefois. « Lo passat qu’ei mort, tant de bon ! » (1)
Plus tard, le rhume d’hiver, la conjonctivite, les colites précoces et entêtées, la grippe, les migraines tenaces, les crise de foie (enfin c’est ainsi que les nommait ma maman), que sais-je encore, ont scandé ma vie d’adulte. Qu’importe, j’avais pris le parti de ne pas m’en faire. J’avais bien le temps de m’en préoccuper. De toute façon, elles partaient comme elles étaient venues.
Le virus du Covid à deux reprises m’a pris, et grâce à Dieu, la vaccination m’a protégé. Puis sont venues les affections sérieuses menaçant ma vie. Tel un spécialiste du 400 mètres haies, j’ai sauté, avec plus ou moins de bonheur, les obstacles que le mal dressait devant moi. Il m’arrivait de chuter, je me relevais et courrais l’épreuve de ma petite vie comme un dératé.
Cependant, fort jeune, je me suis avisé qu’il y avait d’autres maladies sur terre. Certaines pouvaient accabler le citoyen démocrate que j’étais. Ma mère m’avait raconté l’Algérie cadenassée, délatrice et antisémite de l’État français : les déportations des juifs du voisinage au Sahara. Mon père, lui, les exécutions sommaires de la Milice à Chalons-sur-Saône, le camp d’extermination du Struthof en Alsace, en 1944.
J’ai moi-même connu les années de plomb de la dictature franquiste. J’ai même été arrêté en janvier 1973, quelques semaines après l’attentat qui tua l’amiral Carrero Blanco. Guardia Civil avait trouvé dans mon sac de voyage un pauvre tract dénonçant le coup d’État de Pinochet au Chili en septembre 1971. N’ayez crainte, je suis vite revenu au bercail, je n’étais pas un gros poisson pour ces « gens-là ».
Et ne voilà-t-il pas que demain dimanche le Rassemblement National pourrait, si nous n’y prenions pas garde, accaparer la République pour créer un régime illibéral comme la Hongrie de Victor Orban. Oui, lorsqu’elle sévit cette grave maladie, la démocratie a toutes les peines du monde à en trouver le remède.
1. Le passé est mort, tant mieux !
