CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 1er JUIN 2024 DANS LA PAGE « DÉBATS & OPINION DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
CRONICA PARESCUDA GER DISSABTE 1 èr de JUNH 2024 EN LA PAGINA « DÉBATS & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
Quand le sommeil a fini son œuvre, je prépare mon « caoua » matinal avec ma fidèle cafetière italienne. L’obsolescence la guette. Comme nous peut-être ? Mardi matin, l’aube était pluvieuse, il faisait anormalement frais. J’attendais son éruption habituelle — elle me fait toujours sursauter — accompagnée de son léger nuage de vapeur vite dissipé. Il était temps de boire mon café noir.
L’actualité est noire, obsédante, sanglante. Il m’arrive de la fuir tant elle obscurcit les premiers instants d’une journée à vivre. Je suis descendu faire mon marché. La bruine était tenace et jetait comme un voile de tristesse sur les tentes et abris des maraîchers. J’étais à finir mes achats lorsque j’ai croisé un homme connu depuis des lustres. À son allure, j’ai tout de suite vu qu’il déprimait. J’ai hésité puis j’ai osé un : « Quin te va ? » (1)
Il ne m’a pas répondu mais a cependant ralenti sa marche, s’est arrêté, et là, il m’a quasiment murmuré, la rue était calme, « que soi mau ! » (2). Il m’a regardé étrangement, m’a lâché, dans un soupir, qu’on lui avait découvert un cancer. Je l’ai rassuré, comme j’ai pu. Mal, sans nul doute, en pareille circonstance, les mots sont inutiles. Il est reparti, et j’ai pris le chemin du retour. Quelques pas plus loin, un vieux militant m’a interpellé sur la guerre Israël-Hamas. Je n’avais pas l’intention d’en débattre.
À quoi bon ? J’étais encore avec cet homme menacé, seul de surcroît. Rentré, j’ai repris un « expresso » que ma vieille machine maintes fois réparée a coulé. J’ai posé et rangé mes sacs, ai préparé le repas de midi. Il ne pleuvait plus, le soleil marivaudait dans un ciel changeant. Je planterais peut-être mes tomates et concombres ? J’ai entendu les merles chanter, une palombe s’est posée sur l’érable. L’éclaircie tirait son ciel bleu. Une paix est venue. Je l’ai appelée de mes vœux pour là-bas, partout où la guerre fait rage.
1. Comment vas-tu ?
2. Je vais mal.

Lorsque le ciel tourmenté veut nous parler de la nuit.
Quan lo cèu tormentat e’ns vòu parlar de la nueit.
