CHRONIQUE PARUE LE SAMEDI 18 MAI 2024 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
CRONICA PARESCUDA LO DISSABTE 18 DE MAI 2024 EN LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.
On l’avait annoncé, et je n’y ai plus pensé. La journée avait ses exigences et ses contraintes. Une traduction m’attendait, et je tournais en rond comme un chat sur sa chaise, avant de me mettre au travail. Procrastination diront certains, mot qui me hérisse le poil. Nous avons bien le droit de lambiner avant d’affronter les ravissements du travail. Je l’avais oublié, une touffeur anormale aurait dû m’alerter. Vers 20 heures, avec la « nueitòta » (1) l’orage est venu longeant au sud-ouest la chaîne, son canal historique. Le vent a fait sa crise de nerfs habituelle, suivi d’une pluie diluvienne, vite accompagnée d’une grêle brutale : une malédiction du ciel… La nuit noire, les ténèbres, — l’éclairage extérieur ne fonctionne plus — ajoutait au spectacle sa touche dramatique. Les oiseaux avaient fui. Nos enfants ont pris peur. Trop tard pour mettre à l’abri nos plantes. L’arbousier, l’érable du Japon, le pommier, le jeune hêtre et surtout l’irangèr dont j’aime la senteur enivrante de la floraison, ont été hachés. J’ai bien cru que mes beaux compagnons étaient mortellement blessés, et me suis laissé aller au lâche pessimisme que l’antichambre de la vieillesse suggère parfois. Il est vrai que l’actualité était par ailleurs dramatique. Il ne se passait pas un seul jour sans que la pure et immémoriale violence ne s’exprime. Mercredi, le film incroyable de l’attaque d’un fourgon pénitentiaire au péage d’Incarville, démontrait une fois encore que la réalité dépasse la fiction des séries. L’émeute et les heurts sanglants en Nouvelle-Calédonie étaient comme à l’unisson. Michel Rocard, dans sa sépulture corse, doit hurler sa juste colère, lui qui avait su, par les accords de 1988 suivis de Nouméa 1998 (Lionel Jospin), rétablir une paix que d’aucuns pensaient alors impossible. Pourtant, l’orage pacifique était annoncé, les signes avant-coureurs étaient légion. Il suffisait de dresser l’oreille, d’écouter le tonnerre gronder. Hélas, Emmanuel Macron s’est obstiné. La foudre est tombée comme prévu sur le « calhau » (2) dorloté par la Chine, et d’autres puissances pacifiques.
1. Petite nuit.
2. Caillou.

Cantèra deu corrent d’Uishet un dia plogiu et fresc de mai.
