CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 4 MAI 2024 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
CRONICA PARESCUDA GER DISSABTE 4 DE MAI 2024 EN LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEUS DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
Jeudi soir, le vent était frisquet, le ciel inquiet, la pluie menaçait. Les enfants des sections bilingues occitan-français de « Bòrdas », de « Coarrasa » et d’ « Aigon » (1) se préparaient à courir le kilomètre 501 de mon vieil ami Thomas, puis le 502 jusqu’à Asson où La Passem continuerait son odyssée soutenue par la joie d’une jeunesse enthousiaste. Par les temps qui courent, leur gaité réchauffe les cœurs et les âmes ! Le « ligam »(2) a été passé aux « mainats » de l’école d’Asson vite partis vers « Brutges » puis « Lo Lis » (3) et son école Calandreta.
Nulle frontière à cette course, elle traverse départements, contrées, petits pays, villages, saute ruisseaux et rivières. On court jour et nuit par monts et par vaux, habités par un peuple Bleu nuit. Mercredi soir, vers deux heures du matin, on courrait dans le Gers. Il pleuvait, comme d’habitude. Soudain, sur la chaîne Facebook de « La Passem », que vois-je ? Un cheval, monté par une jeune femme. Est venu alors un chien et son jeune maître, puis un vieux monsieur dans son fauteuil, poussé par un homme à la chasuble jaune.
Des jeunes filles, plus nombreuses que les « gojats »…
Dans le camion tout illuminé, la musique ne s’arrêtait jamais. L’animateur, que j’ai cru reconnaître, s’égosillait, chantait, clamait le prénom et nom du porteur ou de la porteuse du témoin, encourageait les pèlerins de la langue, trempés par cette satanée pluie. La nuit de noir et d’averses vêtue vivait au rythme de son ska fétiche (4). A perdre haleine, une vraie espérance pour ceux qui, depuis des décennies, travaillent et créent sans répit. Je pense à Daniel Barneix et à tous ses compagnons de route.
Jeudi-soir, dans la montée vers Asson, des vaches grises des Alpes considéraient l’étrange cortège sorti de nulle part : une apparition ? Elles allaient et venaient, curieuses et craintives. Peut-être dansaient-elles un rondeau champêtre ? Plus loin, dans une vaste prairie fleurie, s’égayaient des chevaux et des ânes portant« esquiras » (5) . Une symphonie virgilienne entendue autrefois. Nous avions peut-être en un clin d’œil rejoint l’Arizona ou le Nouveau-Mexique ?
La nuit est tombée, le froid gagnait, et au grand ciel déchiré, un long et sombre nuage offrait sa pluie miraculeuse aux coteaux à l’Ouest. Sans doute plus loin ? Nous avons, avec regret, rebroussé chemin non sans craindre de jeunes conducteurs en virée, confondant vitesse et précipitation.
1. Igon.
2. Lys
3. Témoin.
4. « Anem, endavant tostemps, Amassa podem, Espiar mei luenh ! » Allons, en avant toujours, Ensemble nous pouvons regarder plus loin.
5. Sonnailles.

