CHRONIQUE PARUE CE JOUR, SAMEDI 27 AVRIL 2024 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DE LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.
CRONICA PARESCUDA UEI, DISSABTE 27 D’ABRIU 2024, EN LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DE LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.
C’était mon voisin de page. Depuis quand ? Je ne saurais le dire. Pourquoi donc compter les années écoulées ? Lorsque le samedi matin, à la première heure d’une journée à vivre, il ouvrait sa fenêtre, je le voyais, souriant, alerte, parfois moqueur, écrire son billet. Ses acteurs, ses témoins, avaient été croisés, rencontrés dans quelque bar palois où il avait ses habitudes. Il rapportait leurs « brèves de comptoir », leurs déclarations qui jugeaient le temps présent. Il en tirait toujours une raison d’espérer des hommes et des femmes de ce pays dont il connaissait tours et contours. Il lui arrivait de me convier à déjeuner dans son restaurant préféré où il arrivait à vélo. Il m’y contait combien la littérature et surtout la philosophie accompagnaient de longue date sa vie. C’étaient ses « bons amics ». Il lui arrivait de glisser subrepticement quelques phrases en « bearnés » qu’il avait appris enfant à « Sevinhac », notamment de son père, poète félibre, publié par la revue « Reclams ». Ce dialogue nous l’entreprîmes lorsque nous fûmes tous deux « jubilats » (1). Il était marqué de silences qui en disaient long sur sa discrétion toute béarnaise. Il savait manier l’esquive, la litote et le sous-entendu, au sens que lui donnait Louis Barthou. Gérard Cazalis était secret. D’aucuns qui l’ont fréquenté pendant sa vie professionnelle dédiée brillamment au tourisme, s’en étonneront sans doute. Le tourisme, il en connaissait les fonds et les tréfonds d’ici et d’ailleurs. Mais sa passion — enfin, c’est ce qu’il me donnait à entendre lors de nos rencontres — était sans nul doute l’écriture. Chaque samedi, j’ouvrais la page, notre voisinage, parfois le vent était froid, quelquefois chaud comme la clameur glorieuse de l’Aragon, et je lisais lentement sa chronique. Son style était reconnaissable entre mille. Longtemps, je crois, je laisserai ouverte ma petite fenêtre en pensant à son sourire, son doux regard, qui parlait d’humanisme et de valeurs démocratiques qu’il voyait, lui aussi, menacées.
1. Cat. : retraités.

