LA CANTA DEU MÈRLO

J’entends, depuis quelques jours, les « rebalais » (1)
d’un jeune merle qui matin et soir me régale. Il est le messager du printemps. Lors
du dernier déluge, je l’ai aperçu avec sa mère sautiller dans l’herbe haute de
notre jardin. Il a même tenté de se percher dans les plus hautes branches de
notre érable du Japon. Sa mère l’a rappelé à l’ordre, imaginais-je. La douceur nouvelle
l’a libéré, et il mène désormais sa vie comme il l’entend. Il chante même
l’après-midi quand la chaleur inattendue nous surprend. Tout particulièrement à
la vue de l’enneigement de l’Estiveta, du Prat deu Rei, Montbula, Merdanson,
grand et petit Gavisòs, Jaut, Pic de Gèr, cette dentelle de « soms »
et « malhs » qui est plus qu’un paysage, le reflet apaisé de notre
âme voyageuse. Longtemps, mis à part ceux qui la visitaient assidûment, la plupart
de mes congénères l’oubliait ou l’ignorait. Il y avait sans doute mieux à faire
à la ville où leurs métiers, et leurs loisirs, plus ou moins futiles, les
occupaient. Peut-être pensaient-ils que leur existence ne méritait pas son concours ?
A vie d’homme, ces montagnes étaient là et n’avaient jamais bougé. Peut-être
comme ces oiseaux onyx au bec jaune. Adolescent, assis sous un chêne, je
tentais de les imiter. Je sifflais et sifflais encore… Parfois, ils me
répondaient, et leur prodigieuse réplique me ravissait, à tel point que, je
réitérais ma tentative qu’il pleuve ou qu’il vente. Je n’avais rien lu sur eux
et n’en trouvais pas l’utilité. Ces noirs oiseaux sont des poètes. Ils séduisent
leur compagne avec qui ils créeront le conte recommencé de la vie. A cette
époque, ils berçaient mes tristes crépuscules tandis que surgissaient entre
chien et loup les monstres d’un monde tourmenté. Ils psalmodiaient la prière
céleste de la nuit tranquille. Ils étaient mes compagnons de chagrin, de
désarroi et d’espérance. Les années ont couru…

 

1. Trilles.

 

LES MOTS NOUS TROMPENT