CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 23 MARS 2024 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
CRONICA PARESCUDA GER DISSABTE 23 DE MARS EN LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES. »
De ce que nous confie la nuit, nous n’en savons peu, si peu. Des images dérobées, des murmures, des discours incompréhensibles, des horribles personnages, une histoire insensée. Peut-être, un (men)songe ou une révélation ? De temps à autre, l’inconscient, ce superbe réalisateur, met en scène quelque ennui, douleur ou vieux traumatisme dont nous ne voulions plus entendre parler.
J’ai toujours été étonné par ceux de mes amis et camarades qui affirmaient ne pas rêver. J’ai parfois essayé de leur démontrer le contraire mais il n’y a pas pire sourd… Il y a quelque nuit, un « maishant saunei » (1) m’a réveillé, mais je n’ai réussi qu’à me rendormir lorsque l’obscurité s’épuisait déjà à l’Est. J’ai entendu alors une plainte répétée. Était-ce un chien ? Un lapin sauvage ? Il en vient un, de temps à autre, dont nul ne connaît l’origine. Un oiseau de nuit ? Un enfant qui pleure ?
Je me suis couvert. Dehors, il faisait 4 ou 5° C, je n’avais pas l’intention de prendre froid. Je me suis avancé, pieds nus, dans l’herbe fraîche d’une aube à venir, j’ai tendu l’oreille et j’ai écouté la parole secrète de la nuit. La plainte avait disparu. Peut-être l’animal avait-il perçu mes pas ? Le ciel retirait son sombre manteau, et le jour venait à pas comptés.
J’ai repensé au cauchemar. Allais-je pouvoir me le remémorer ? « Je traversais une immense forêt de feuillus, sans doute le « Bòsc d’Issaus » en Vath d’Aspa, levant mon regard toujours émerveillé sur la cime de ses hêtres et sapins qui tutoyaient le ciel. Je cheminais lentement, sous un soleil de plomb, la soif me tenaillait. Soudain, j’ai découvert une source coulant à mes pieds. Je m’y suis longuement désaltéré. » Je suis rentré et me suis rendormi. Quand je me suis réveillé, France Culture nous parlait de la sécheresse en Roussillon. D’aucuns appelleraient cette coïncidence une « synchronicité » (2).
1. Cauchemar.
2. C. G. Jung, L’Homme et ses symboles, Robert Laffont, 1964.
CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 16 MARS 2024 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
CRONICA PARESCUDA GER DISSABTE 16 DE MARS EN LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
J’entends, depuis quelques jours, les « rebalais » (1) d’un jeune merle qui matin et soir me régale. Il est le messager du printemps. Lors du dernier déluge, je l’ai aperçu avec sa mère sautiller dans l’herbe haute de notre jardin. Il a même tenté de se percher dans les plus hautes branches de notre érable du Japon. Sa mère l’a rappelé à l’ordre, imaginais-je. La douceur nouvelle l’a libéré, et il mène désormais sa vie comme il l’entend. Il chante même l’après-midi quand la chaleur inattendue nous surprend. Tout particulièrement à la vue de l’enneigement de l’Estiveta, du Prat deu Rei, Montbula, Merdanson, grand et petit Gavisòs, Jaut, Pic de Gèr, cette dentelle de « soms » et « malhs » qui est plus qu’un paysage, le reflet apaisé de notre âme voyageuse. Longtemps, mis à part ceux qui la visitaient assidûment, la plupart de mes congénères l’oubliait ou l’ignorait. Il y avait sans doute mieux à faire à la ville où leurs métiers, et leurs loisirs, plus ou moins futiles, les occupaient. Peut-être pensaient-ils que leur existence ne méritait pas son concours ? A vie d’homme, ces montagnes étaient là et n’avaient jamais bougé. Peut-être comme ces oiseaux onyx au bec jaune. Adolescent, assis sous un chêne, je tentais de les imiter. Je sifflais et sifflais encore… Parfois, ils me répondaient, et leur prodigieuse réplique me ravissait, à tel point que, je réitérais ma tentative qu’il pleuve ou qu’il vente. Je n’avais rien lu sur eux et n’en trouvais pas l’utilité. Ces noirs oiseaux sont des poètes. Ils séduisent leur compagne avec qui ils créeront le conte recommencé de la vie. A cette époque, ils berçaient mes tristes crépuscules tandis que surgissaient entre chien et loup les monstres d’un monde tourmenté. Ils psalmodiaient la prière céleste de la nuit tranquille. Ils étaient mes compagnons de chagrin, de désarroi et d’espérance. Les années ont couru…
1. Trilles.
Lo Gavisòs en.humat per ua esclada // Le Gabizòs enfumé par un écobuage.
J’entends, depuis quelques jours, les « rebalais » (1) d’un jeune merle qui matin et soir me régale. Il est le messager du printemps. Lors du dernier déluge, je l’ai aperçu avec sa mère sautiller dans l’herbe haute de notre jardin. Il a même tenté de se percher dans les plus hautes branches de notre érable du Japon. Sa mère l’a rappelé à l’ordre, imaginais-je. La douceur nouvelle l’a libéré, et il mène désormais sa vie comme il l’entend. Il chante même l’après-midi quand la chaleur inattendue nous surprend. Tout particulièrement à la vue de l’enneigement de l’Estiveta, du Prat deu Rei, Montbula, Merdanson, grand et petit Gavisòs, Jaut, Pic de Gèr, cette dentelle de « soms » et « malhs » qui est plus qu’un paysage, le reflet apaisé de notre âme voyageuse. Longtemps, mis à part ceux qui la visitaient assidûment, la plupart de mes congénères l’oubliait ou l’ignorait. Il y avait sans doute mieux à faire à la ville où leurs métiers, et leurs loisirs, plus ou moins futiles, les occupaient. Peut-être pensaient-ils que leur existence ne méritait pas son concours ? A vie d’homme, ces montagnes étaient là et n’avaient jamais bougé. Peut-être comme ces oiseaux onyx au bec jaune. Adolescent, assis sous un chêne, je tentais de les imiter. Je sifflais et sifflais encore… Parfois, ils me répondaient, et leur prodigieuse réplique me ravissait, à tel point que, je réitérais ma tentative qu’il pleuve ou qu’il vente. Je n’avais rien lu sur eux et n’en trouvais pas l’utilité. Ces noirs oiseaux sont des poètes. Ils séduisent leur compagne avec qui ils créeront le conte recommencé de la vie. A cette époque, ils berçaient mes tristes crépuscules tandis que surgissaient entre chien et loup les monstres d’un monde tourmenté. Ils psalmodiaient la prière céleste de la nuit tranquille. Ils étaient mes compagnons de chagrin, de désarroi et d’espérance. Les années ont couru…