CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 22 NOVEMBRE 2025 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.
CRONICA PARESCUDA GER DISSABTE 22 DE NOVEME 2025 EN LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.
Un vaste ciel, un océan et ses grands vaisseaux, nuages ventrus, m’ont tenu compagnie alors que je me rendais à Pau. Le froid revenu m’avait surpris alors que je dégivrais mon véhicule. Je l’attendais. Qu’est-ce qu’un automne sans gelées ? Une indélicatesse de la météo, peut-être ? J’allais calmement tentant d’écouter la radio. Je l’ai vite éteinte, préférant la paix précaire du voyage.
Sur mon chemin, j’ai aperçu un héron cendré dressé sur le bas-côté guetter quelque proie. Je ne sais toujours pas comment cet oiseau peut supporter le vacarme, la pollution incessants de la circulation. Nos paysages n’ont jamais cessé de changer depuis plus de cinquante ans. L’urbanisation a poussé son expansion vers l’Est en dévorant les espaces naturels pourtant précieux pour un sain équilibre entre les appétits des hommes et leur environnement.
Il en va de même, hélas, pour la langue d’oc du Béarn. Elle dit, par sa toponymie, ses paysages urbains et ruraux. Nos compatriotes semblent ne pas en voir l’importance. Il est vrai que d’aucuns ont réussi à rendre cet idiome polémique à souhait. Nombre d’élus m’ont confié leur exaspération face à cette guerre graphique stupide et mortifère qui nourrit la défiance de nos concitoyens.
D’autres pays en France s’emploient avec vigueur à sauver leur langue historique. Les élus du Pays basque — qui a certes un dynamique arrière-pays sur l’autre rive de la Bidassoa — soutiennent avec force l’euskera. Ils y consacrent des millions d’euros. Notre pays est paradoxal. Il proclame son identité avec ses vaches « a tot pip pap » (1) et laisse dépérir son « bearnés » (2).
On me dit qu’il est vain de la sauver, qu’elle mourra de sa belle mort… Qu’en pensent les milliers d’élèves et leurs parents des écoles Calandreta et des sections bilingues de l’Éducation nationale ? Arrivé à Pau, j’avais encore en tête l’image du héron cendré, en me disant : « Combien de temps encore le verrai-je dressé comme une vigie, face au bruit et à la fureur de ce monde trop souvent cruel ? »
1. À tout propos.
2. Variante gasconne de l’occitan.

