FUSÉES

Chronique parue ce jour, samedi 8 juillet 2023, dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées.

Cronica parescuda uei, dissabte 8 de julhet 2023, en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Hier matin, à huit heures pétantes, j’ai regardé le premier « encierro » des « Sanfermines 2023 » à Pampelune. Je n’ai pas renoncé à ce rite qui inaugure mon été. Les années sont passées, et quoi que je pense des temps présents, une joie secrète m’envahit et m’habite jusqu’au soir quand la chaleur étouffante expire et le ciel s’obscurcit. La nuit d’une journée lasse a enlacé le paysage avec les derniers croassements des « agraulas » (1). J’ai entendu, je ne sais où, le concert des chiens que l’angoisse crépusculaire avait peut-être saisis. Les hérons garde-bœuf avaient rejoint plus tôt leur gîte sur l’autre rive du gave. Tout était calme sous la pluie orageuse. J’ai pensé, comment ne pas y songer, aux troubles des « quartiers sensibles ». Ah ces mots qui cachent les maux et les terribles violences qu’ils génèrent ! Les fusées d’artifices y jouent un rôle stupéfiant. Doit-on parler d’émeutes ? D’aucuns évoquent la révolte d’une jeunesse marginalisée quand d’autres nous parlent de sédition. Un inévitable excité « zemmourrien » a lancé une « cagnotte » pour la famille du policier incarcéré. Ces gens-là ont un vrai talent pour jeter de l’huile sur le feu. Le grand chef de L.F.I, lui, n’avait pas appelé au calme. Selon les comptes-rendus de la presse française et internationale — les médias télévisés et réseaux-sociaux m’indiffèrent — le mal est ancien et les diagnostics qui en sont faits campent sur des positions idéologiques irréconciliables. Les questions récurrentes sont toujours : « Qui est responsable ? Quelles sont les solutions ? » Le sommeil lambinait et j’ai imaginé l’« encierro » du lendemain, lorsque l’éternel « cohete » (2) éclaterait dans le ciel limpide de la Navarre. Des milliers de jeunes courraient devant les « toros ». Certains seraient peut-être blessés. D’autres, seraient soulagés et ravis d’avoir flirté avec la mort, toujours possible. L’été navarrais qu’Ernest Hemingway décrit dans « Le soleil se lève aussi » (3). 

1. Corneilles

2. Fusée.

3. Folio, Gallimard.

La statue d’Ernest Hemingway posée à gauche de la Plaza de Toros de Pamplona — L’estatua d’Ernest Hemingway plaçada a man esquèrra de la Plaza de Toras de Pampalona.

L’éternel retour

Chronique parue hier samedi 1er juillet 2023 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées.

Cronica parescuda ger dissabte 1èr julhet 2023 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

L’ignorance à peine dissimulée des médias français concernant la vie politique en Espagne m’a toujours étonné. J’y vois aussi de la condescendance peut-être du mépris. L’intelligentsia française, en effet, ne s’est jamais trop intéressée à ce pays si proche et si lointain, exception faite lors de la longue agonie de Franco et à l’avènement chaotique de la démocratie en 1976. En 2017, la crise Catalane les a soudain réveillés. Les jacobins de tout bord y ont vu une grave menace pour la France et l’Europe. Le cas écossais résonnait sans doute encore. Je n’ai jamais cessé de jeter un œil attentif sur la situation politique de l’Espagne. Récemment, les élections autonomiques et municipales ont vu la victoire du « Partido Popular » et de « Vox », parti d’extrême-droite, réminiscence lointaine du fascisme de Primo de Rivera, créateur de la «Falange ». Pedro Sanchez, le chef du gouvernement espagnol, a avancé la date des élections législatives au 23 juillet prochain. La campagne électorale bat son plein. « Partido Popular » et « Vox » annoncent sans détour qu’ils abrogeront les lois concernant l’I.V.G, le mariage pour tous, la violence faite aux femmes, le racisme, les dernières avancées sociales. De surcroît, ils veulent aussi modifier la Constitution de 1978 en supprimant les compétences juridiques, sociales, linguistiques et culturelles accordées aux autonomies. Ils visent en premier lieu la Catalogne et Euskadi. La bataille fait rage dans les médias et les réseaux sociaux. Une guerre folle de mensonges, de manipulations grossières, de provocations. Il faut entendre Santiago Abascal, le petit « caudillo » de Vox, pour s’en convaincre. Il veut en découdre. L’autre soir, le voyant vitupérer sur les lois sociales, je me suis dit : « Décidément, la guerre d’Espagne n’est pas finie ! » L’histoirebégaiera-t-elle ? Je crains fort que les vieux démons de l’Espagne franquiste ne fassent bientôt leur réapparition. Elle a toujours préféré le passé à l’avenir.

Ua plaja inconeguda d’Euskadi // Une plage inconnue d’Euskadi.