Le loup dans la bergerie

Chronique parue ce jour, 25 février 2023 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées /// Cronica parescut uei, 25 de heurèr 2023 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Soudain, entre chien et loup, des flocons lourds ont fait leur apparition. La nuit venait. La neige tombait maintenant drue comme si l’hiver tentait de dire ses derniers mots. Vers 20 heures, des millions de « plumaishs » (1) blanchissaient l’espace devenu grand silence. Comme si notre village était devenu une station de haute montagne sans les remontées mécaniques et la foule des « vacanciers » pressés d’en découdre avec les pistes rouges, noires et soirées « fondues savoyardes ». Les heures fuyaient et je retrouvais la joie d’une heureuse découverte. Un conte renouvelé qui me parlait peut-être d’une nostalgie. « Rien n’est plus vivant qu’un souvenir » comme l’écrit Garcia Lorca. J’ai donc regardé, admiré, le nez collé à la fenêtre. Je me suis dit — « que repipii » (2), je sais ! — qu’il n’y avait rien de plus beau. Le lendemain, à l’aube, le spectacle était enchanteur. Un autre silence. Le jour s’est levé. Le soleil a incendié le paysage. On fêtait, ce même jour, le détestable anniversaire de l’agression russe en Ukraine. LCI montrait un autre pays de neige et de froid où la guerre fait toujours rage. Des centaines d’hommes, de femmes, d’enfants y perdent chaque jour leur vie. L’impérialisme russe, comme tous ceux que nous avons connus jusqu’alors, est une très vieille histoire. Toujours recommencé et meurtrier, quel que soit le régime politique qui le développait. La France n’a pas été en reste… Poutine a évoqué la célèbre bataille de Stalingrad, ô combien déterminante dans la défaite des armées du Troisième Reich. Il exacerbe pour cela le nationalisme slave et russophone. L’occident — nous, sans doute ? —  est pour lui, le mal incarné comme l’était jadis le nazisme. D’aucuns diront, en écho de Moscou — ils sont plus nombreux qu’on le croit— que c’est la réponse du berger à la bergère fautive. Je crois plutôt que le loup Poutine est entré dans la bergerie Ukraine, pensant qu’il allait bel et bien la dévorer. Il a dû en rabattre. Pour l’instant.

1. Flocons

2. Je radote.

@ Jean-Pierre Doussine – Photo prise vendredi 24 février 2023, de bonne heure, depuis l’Ermitage d’Asson — Fòto hèita divés 24 de heurèr 2023, de d’òra, de l’Ermitatge d’Asson.

CHANGER, SI POSSIBLE…

Chronique parue le samedi 18 février 2023 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées ///

Cronica parescuda lo dissabte 18 de heurèr 2023 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Le monde change. Il a toujours changé. Le climat, à l’identique. Plus rapidement qu’on ne le pense. Il va trop vite, et c’est insupportable. Il pourrait attendre, souffler un peu. « Que se’n trufa, lo capdèth ! » (1), il avance lui, comme toujours. Nombreux sont ceux qui lui tournent le dos comme ils feraient d’un collègue de travail qu’ils détestent cordialement. Ils lui résistent, convaincus de leur bon droit. Après tout, on ne leur fait pas. Certes, ils conviennent, quelquefois, qu’il a changé d’aspect mais le vieux conservatisme leur dicte rapidement sa loi. Ils pensent alors qu’ils se sont égarés et qu’il faut vite retrouver leurs pénates. Ils craignent probablement que ce satané changement les emporte au pays du doute et de l’insécurité. Hélas, quoi qu’ils fassent, ils se voient contraints. La dure réalité climatique les rattrape et les secoue comme des pruniers. Hier après-midi, le ciel clair, le soleil, la douceur étaient tels que j’ai conçu que l’hiver vivait ces derniers instants. J’ai pensé aussitôt à la nouvelle vidéo de Jean-Marc Jancovici (2), la désormais star de l’écologie, expliquée aux court-termistes et autres sceptiques. Il y dit, qu’à très brève échéance, les quatre saisons connues de tous depuis des siècles, sont appelées à changer radicalement. Le printemps et l’automne seront raccourcis pour laisser l’été s’allonger avec son lot de sécheresses et de canicules dont nous avons déjà eu un avant-goût l’année dernière. Nos compatriotes s’en apercevront-ils ? Peut-être ? Allez savoir ? Pour ma part, je n’ose imaginer combien ce changement va troubler leur vie ? Je crains fort que nombre d’entre eux s’en moquent comme de l’an quarante ou s’y résignent. Le monde change, et eux semblent ne pas vouloir changer. Mais, me direz-vous, c’est une constante vieille comme le monde.

1. Il s’en fout, le type !

2. https://jancovici.com/ – Réchauffement climatique : bientôt la fin des saisons ?