CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 25 OCTOBRE 2025 À LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
CRONICA PARESCUDA GER DISSABTE 25 D’OCTOBRE 2025 EN LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
Mercredi après-midi le « vent d’Espanha » ou « vent de castanha » (1) soufflait une vraie chaleur. À 17 heures, il faisait 28° Celsius. Un peu excessif, quand même !
Quand vient l’automne en Béarn, l’effet de foehn s’en donne à cœur joie. Enfin, depuis plus d’une décennie, il s’invite régulièrement, devenant le compagnon fidèle de nos terres béarnaises. Aurons-nous encore des hivers dignes de ce nom ? Que voulez-vous, je m’habitue à tout sauf à cette perte de repères climatiques. Surtout, lorsque je pense à ces années que le temps passé pourtant bonifie à souhait.
A chacun sa madeleine !
La veille, je continuais la lecture d’Eve (2)de Charles Péguy. L’ouvrage, offert par ma mère à la Noël de 1971, était esseulé depuis lors. Dimanche dernier, mettant un peu d’ordre dans ma bibliothèque, je l’ai retrouvé poussiéreux et défraichi. Sur la page de garde, j’avais écrit « Le mal bourgeois est de vouloir avoir pour éviter d’être ».
J’étais un lecteur d’Emmanuel Mounier (3), le penseur du personnalisme que peu connaissent aujourd’hui sans doute. Charles Péguy avait mauvaise presse au début des années 70 du vieux siècle. Ne le disait-on pas nationaliste revanchard ? Le sort le vit mourir au front en septembre 1914. Le livre à peine ouvert, j’avais abandonné l’idée d’en faire un mémoire de première année de Lettres modernes. Que voulez-vous on ne fait pas toujours ce que l’on veut. Mercredi soir, je lisais donc « Eve » lorsque j’ai découvert ce quatrain :
« Et la terre n’était qu’un jardin potager / Et les fruits alignés aux étages de l’arbre/ Et les jours alignés sur les âges de marbre/ Ne faisaient qu’un immense et temporel verger. »
La nuit avançait à pas comptés, j’entendais le souffle aragonais secouer nos arbres. J’ai lu alors :
« Et les moissons montant sous le vol des abeilles/ Les vendanges montant à l’assaut des corbeilles. / Le pas des vendangeurs dans les chemins de sable. »
Je ne sais pourquoi, j’ai pensé aux vendanges sur les crêtes de Jurançon, à la Chapelle de rousse chez Jean-Marc ou chez Louis à Monein. La nuit murmurait son frais poème. En revanche, le vent fredonnait « Aragón », la célèbre chanson de José Antonio Labordeta (4) que j’ai connu il y a fort longtemps et que je ne me lasse jamais d’entendre.
- Vent faisant tomber les châtaignes.
2. Œuvres poétiques complètes, La Pléiade, 1967.
3. Écrits sur le personnalisme, Points Essais, 2000.
4. https://www.youtube.com/watch?v=QRWrOxVtgtI

Caminando…
