LA SOIF

Chronique parue aujourd’hui, 10 septembre 2022, dans la page Débats, du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda uei, 10 de seteme 2022, en la pagina Débats, deu diari La République des Pyrénées.

Le temps était clair. Ce matin-là était comme les précédents. Sans nuages. J’allais de mon pas nerveux vers le centre-ville (c’est un bien grand mot mais ne blessons personne). J’ai traversé le pont de Clarac qui enjambe le gave de Pau. Des travaux sont effectués dans son lit pour installer une station de comptage des poissons migrateurs. Il m’est arrivé, il y a fort longtemps, de voir un saumon tenter de sauter la digue. Je m’étais dit alors : « Réussira-t-il à franchir les innombrables barrages qui l’attendent jusqu’à « Gavarnia » ? » J’étais déjà inquiet de leur triste condition. Les temps présents ne m’ont pas démenti. Je me suis arrêté pour observer le très vieil « arrigau » (1) comme je le faisais naguère en me rendant au lycée. Ils n’étaient pas nombreux ceux qui y faisaient un arrêt. Il avait soif. « L’ola » (2), au sud, sa mère, aussi. À le voir si maigre, si affaibli, je sentais qu’il souffrait et qu’il taisait sa douleur. Il pensait peut-être que nul ne viendrait à son secours. Peut-être songeait-il aux temps jadis où il était un monstre d’eau et de galets capable de tout emporter sur son passage : il dévasta le village de Baudreix en 1772 ! Au loin, le grand « Gavisòs » semblait, du haut de ses 2792 m, prier le Ciel de lui donner enfin une belle averse voire une neige inespérée. Lui aussi n’y croyait plus. Les ruisseaux, ici ou là, ne sont plus que rigoles ou oueds nord-africains. La faune aquatique y agonise, meurt. Le firmament reste inflexible. Faut-il croire que l’espoir ne fait plus vivre ? Qu’il nous fuit comme sable dans la main qui le serre ? Une question m’a soudain traversé la tête : « Nos compatriotes s’émeuvent-ils de l’annonce de la catastrophe ? »

J’allais oublier : « Queen Elisabeth is dead ! »

Lo grand e lo petit Gavisòs

1. Torrent.

2. Le cirque

LA RENTRÉE – LA RENTRADA : MENACÉ

Chronique parue hier, samedi 3 septembre 2022, dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda ger, dissabte 3 de seteme 2022, en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Je ne sais plus quel matin d’août une phrase m’est venue. Comme ça, solitaire. Elle me semblait chercher un débouché. Peut-être une tête pour y tourner en rond ? Une bouche pour la crier sur la place publique ? Pourquoi elle et pas une autre plus douce, plus estivale ? « Ce monde n’est fait que de menaces ! » revint pourtant souvent dans cette journée caniculaire. Elle ne me quitta pas. La chaleur extrême, incendiaire, ne faiblissait pas. L’accablement la suivait de près comme un sale chien de garde. Parfois, tombant soudain telle une condamnation, je me mettais à détester le soleil, pensant bêtement qu’il était à l’origine de tous nos maux. Je rêvais d’averses, de bourrasques, de déluges. D’automne frais aux nuits apaisantes. De forêts humides. Il m’arrivait aussi de fredonner « Le jour où la pluie viendra. », la chanson de Gilbert Bécaud, que ma marraine, trop tôt disparue, chantait naguère lorsque le monde me semblait heureux. L’était-il ? Le charme discret de la nostalgie, sans doute. À vrai dire, je crois que d’une certaine manière, il l’était. Curieuse phrase quand même. Me sentais-je menacé ? L’incendie monstrueux de Landiras et ceux qui suivirent nourrissaient la menace. Je me tenais loin de l’actualité mais un jour, je vis, sur une plage près d’Arcaishon, une jeune « cabiròla » (1) morte d’épuisement. Ce fut un vrai choc. Comme si cette mort injuste était le symbole du crime que le capitalisme financiarisé commet quotidiennement. Les catastrophes climatiques continuaient. Des menaces encore, comme une répétition névrotique. Les décisions salutaires seraient-elles prises à temps ? Les plus riches souvent insouciants, cyniques, seraient-ils enfin sollicités ? Ce matin-là, je m’interrogeai : « Ces patrons milliardaires, ces dirigeants politiques mal enrichis, se sentent-ils eux aussi menacés ? 

1. biche. 

L’éternel coucher du soleil, d’une journée caniculaire, à Vieux- Boucau // L’etèrne sococ, d’un dia caniculari, a Bocau Vielh.