CHRONIQUE PARUE CE JOUR 13 DÉCEMBRE 2025 À LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES« .
CRONICA PARESCUDA UEI 13 DE DECEME 2025 A LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES«
L’érable du Japon a pris ses habits hivernaux, je ne me lasse pas de le regarder perdre feuille après feuille son frêle manteau. Hier, me rendant au capdulh (1) du Béarn, j’ai aperçu dans un vaste champ d’un vert tendre, un rassemblement de palombes picorant calmement je ne sais quel aliment qui leur était sans doute indispensable. Elles côtoyaient quelques corneilles. La cohabitation m’a semblé aller de soi. Une paix, certes précaire, enveloppait cet espace dit « naturel » cerné par la ville qui jamais n’arrête sa dévoration. Il pleuvait, comme souvent. Je ne sais pas pourquoi mais une émotion venue de je ne sais où m’a saisi.
Il y avait là un petit bout du paradis qui avait peut-être accepté de visiter la terre. Je me suis arrêté non sans mal. On m’a illico klaxonné, enguirlandé. Qu’importe, j’ai réussi à me garer et ai observé quelques minutes ces volatiles, oubliant le rendez-vous que j’avais pris précédemment. Le temps s’est soudain figé. L’averse, le concerto italien de J.-S. Bach. Près de moi, le brouhaha incessant de la circulation. Je rêvais, probablement. Comme souvent. Je suis revenu sur cette terre trempée et ai poursuivi mon chemin. J’avais une petite chance d’arriver à temps, là-bas, au Nord…
On s’étonnera probablement de cette errance. Certains la verront comme un égarement enfantin qui n’a pas sa place dans une vie d’adulte digne de ce nom. Une vieille amie m’a dit que mes chroniques sont suaves. Peut-être hors du temps ? Décalées ? La violence, a-t-elle ajouté, n’y a pas droit de cité. Pourquoi devrais-je parler de la noirceur du monde ? Elle habite nos existences.
Tiens, un livre m’est arrivé hier-matin. J’en connaissais l’existence. Je l’ai ouvert et l’ai lu d’une traite. Il s’appelle « 53 » et nous dit combien un objet, une situation, un moment que nous croyions oubliés expriment ces douleurs et joies de l’enfance que la mémoire a rangées dans quelque endroit secret dont la littérature fait ouvrage.
P.S. J’ai appris ce jour la mort de Robe Iniesta, le plus grand chanteur rock espagnol dont Si te vas – https://youtu.be/d3XgWWzD4Oo – sa merveille de chanson, n’a pas hélas passé Los Pirenèus.
1. Capitale.
2. Angel Pouyllau, 53 – angel.pouyllau@gmail.com

