JE NE SAURAIS VOUS DIRE

Chronique parue aujourd’hui, samedi 2 juillet 2022, dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda uei, dissabte 2 de julhet 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Une fuite. Une traversée lente et paisible. J’allais vers une contrée hospitalière. La nuit me guidait avec les lumières lointaines des maisons où le sommeil ne connaissait pas encore les draps usés de son royaume. Je rentrais du « capdulh » (1) du Béarn. Une forte pluie accompagnait ce voyage qui me faisait traverser un pays dont on ne connaît plus limites et contours. Il a changé en douce. Il n’a pas pour autant perdu son âme discrète. Elle exprime parfois sa bienveillance ou sa colère envers ceux qui, fiers de leurs certitudes, s’en déclarent propriétaires et dressent des frontières inutiles. Comme si sa vieille langue en avait toujours posé. Qu’importe ! me direz-vous. Peut-être est-ce la vieille peur de la dissolution dans un vaste pays qu’ils imaginent cauchemardesque ? Peut-être se sentent-ils dépossédés ? Peut-être suis-je injuste ? Je ne saurais vous dire. D’ailleurs comment le saurais-je ? On a vite fait de vous assigner à je ne sais quelle région que tout votre être récuse. La pluie noyait la vallée endormie. Elle la soignait des maux climatiques dont elle souffre désormais. Et moi de croire qu’elle rêvait comme rêvent les bêtes. Une fuite, en effet, pour m’épargner la malveillance des temps passés et présents. Après tout, pourquoi aller au-devant des ennuis ? Je songe parfois à toutes ces années écoulées, à ce que cette terre m’a offert et à ce que je lui ai humblement donné. Elle était souvent ingrate mais cela m’importait peu. J’ai atteint enfin mon refuge. J’y ai constaté que le temps exige des citoyens du Béarn, quelle que soit leur origine, leur culture, leur opinion, de trouver les voies de la concorde pour un lendemain sincère. D’aucuns, me diront que je m’égare. Je ne saurais vous dire.

1. Capitale.

Lo Gavisòs, deus soms deu Solòr estant // Le Gabizos des sommets du Soulor.