LUNDI MATIN

Chronique parue hier, samedi 25 juin 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda ger, dissabte 25 de junh 2022, en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

On s’est levé. On a mis le nez dehors, le ciel était ténébreux comme l’annonce faite à la terre béarnaise. Un lundi comme un autre. Presque… On s’est habillé, on s’est douché, préparé « l’esdejuar » (1). On a allumé la radio. Elle nous a parlé du tremblement de terre électoral de la veille. On s’est dit que nous entrions désormais dans une zone de grandes turbulences. Une autre tempête soufflait déjà en haut, à la capitale. On s’est dit aussi que notre président avait eu la rançon de sa longue et étrange absence ; de l’endormissement qu’il avait provoqué. Il l’a brisé soudain par une intervention sur le tarmac d’Orly en partance pour la Roumanie où il a repris stupidement l’antienne gaullienne, « Moi ou le chaos ». On a bu notre café, on a avalé nos céréales, on a jeté un œil inquiet sur le ciel menaçant. L’orage annoncé viendrait-il avec son vent fou, sa pluie diluvienne et sa grêle ? (Il est venu plus tard, « malaja »). On a compris que la France entamait une ère nouvelle. On savait que, depuis des siècles, notre pays n’aime pas les compromis. Il préfère en effet les dénonciations, les démagogies répondant à d’autres démagogies venues du camp adverse ; les petites et grandes guerres politiciennes, au détriment trop souvent des intérêts du pays et de ses citoyens. On a désiré, un instant, devenir ressortissants d’une Allemagne où le régime parlementaire oblige les partis à s’entendre sur un programme commun. « En de batles ! » (2) En désespoir de cause, on a attendu qu’à Paris, où tout se décide hélas, notre président devienne plus humble et plus à l’écoute de tous ceux qui se voient depuis des lustres oubliés voire abandonnés. On a attendu aussi que lui comme ses opposants républicains réfléchissent enfin aux raisons qui ont poussé la moitié de nos concitoyens à s’abstenir et ce qui a permis l’élection des 89 députés du Rassemblement National. 

1. Petit-déjeuner

2. En vain.

CHAUD DEVANT

Chronique parue samedi 18 juin 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda lo dissabte 18 de junh 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Ces jours sahariens, que j’ai connus dans mon jeune âge, fort loin du Béarn, ne sont plus les signes avant-coureurs du réchauffement climatique que d’aucuns contestent obstinément mais les angoissants symptômes d’un dérèglement qui s’aggravera lentement mais sûrement, dans les années à venir. J’entendais mardi matin, au marché, un bel imbécile assis devant sa pression dire à ses condisciples que, là-bas, au château, rue du Faubourg Saint-Honoré, « ils nous mentent du matin jusqu’au soir. ». Notre sémillant « capdèth » (1) développait, sans sourciller, un conspirationnisme climatique que Donald Trump et ses affidés étasuniens et français auraient été ravis d’entendre. Lui savait. Ce n’était rien de le dire. Il certifiait qu’il avait toujours observé « le temps qu’il fait » et l’observait encore aujourd’hui, précisant qu’il prenait même des notes sur des cahiers qu’il gardait précieusement dans un recoin de sa vieille maison béarnaise. Je buvais ma limonade (j’aime la limonade, c’est ainsi !) lorsqu’il a conclu : « Le climat n’a pas changé ; il est comme je l’ai toujours connu ! » Certes, reconnaissait-il, il lui arrive d’avoir des sautes humeurs comme nous pauvres ignorants qui prennent des vessies pour des lanternes, mais il revient vite à de meilleurs sentiments. Je l’ai laissé à sa conclusion et ai fait mon marché sous un soleil écrasant. Revenu « chop » (2) à la maison, je croyais en avoir fini avec la bêtise stratosphérique lorsque j’ai vu sur un réseau social bien connu, Willy Shraen, le patron des chasseurs français, sur le plateau des Grandes Gueules (RMC), accuser les écologistes d’avoir carrément inventé cet épisode caniculaire à des fins électorales. « On se fatigue de voir la bêtise triompher sans combat » a écrit Camus (3). J’étais fatigué.

1. Type, mais aussi « cadet ».

2. Trempé.

3. L’État de siège, 1948.

Lo huec lanés deu só-coc // Le feu landais du crépuscule