L’ABSTENTION, L’AUTRE PANDÉMIE…

Chronique parue hier 15 janvier 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda ger 15 de genèr en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Aux premiers instants d’une aube glaciale, le ciel était d’un bleu laiteux. Il annonçait un jour d’hiver ensoleillé et finalement agréable. Vite, la rumeur obsédante de la campagne électorale a résonné à mes oreilles. Les radios en parlaient encore et toujours, une vieille rengaine qui agace et finit par lasser l’humble observateur de la vie politique que je suis. Que cela soit clair, pour ma part, ma conviction est faite, je ferai tout pour empêcher la droite extrême d’arriver à l’Élysée. Hélas, les sondages quotidiens nous assomment. Quoi qu’on dise, ils sont les thermomètres d’une réalité pour le moins mouvante qui finit souvent par les démentir. Avec le soleil frileux, j’ai fini ma lecture de la semaine : « La vie joue avec moi » (1) de David Grossman et ai entamé « La Maison du sommeil » (2), de Jonathan Coe, auteur réputé dont je n’avais jamais rien lu. La littérature n’est pas, comme on l’entend trop souvent, un refus de la réalité, une paresse impardonnable. Elle nous fait citoyens éveillés. Leurs messages troublants, envoûtants, subversifs, viennent « armer » notre conscience de citoyen libre. Ils nourrissent notre « esprit critique » qui fait défaut à nombre de nos concitoyens devant la déferlante de mensonges, de manipulations conspirationnistes, que les réseaux sociaux vomissent à chaque instant de nos vies bousculées. Certains disent et diront que l’époque exige de chacun un engagement sans faille. L’abstention, premier « parti » de France et de Navarre, leur répond. Elle est, en effet, une grave maladie de notre démocratie. Les mêmes devraient se poser l’unique question du « pourquoi ? » Lorsqu’on voit se multiplier les candidatures de gauche, lorsqu’on assiste au même phénomène à droite, on se pose la même question. Je crains fort que nos nombreux candidats n’y répondent pas de sitôt.

1. Points, 2021

2. Folio n°3389

Le dégoût

Chronique parue ce jour, samedi 8 janvier 2022, dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées. // Cronica parescuda uei dissabte 8 de genèr 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Il faut être insouciant, peut-être un peu fou, pour souhaiter à tout bout de champ « Bona Annada, Urte Berri On, Feliz año nuevo, Happy New Year », etc. Oui, il faut être un exubérant optimiste pour ne pas sentir que cette année 2022 sera sans doute des plus sombres. On a beau me dire que l’espoir fait vivre je ne suis pas convaincu. Lorsque j’entends reparler du « Karcher » — je ne sais ce qu’en pense l’entreprise qui les produit ? —, du « grand remplacement », de « Reconquista », que sais-je encore ? je suis enclin à voir demain comme une menace. J’imagine que nous supporterons le déferlement de mensonges, de provocations, d’anathèmes, de violences verbales et parfois physiques jusqu’au mois d’avril prochain. Certes, les précédentes élections présidentielles n’étaient pas exemptes de tous ces excès mais cette fois-ci tous les barrages qui protègent le débat démocratique et républicain ont cédé. Un seul exemple : prendre la pandémie en otage et d’en faire un argument électoraliste en est déjà un signe. Et que penser de la très mauvaise pièce qui s’est joué à l’Assemblée nationale ? On me dira que c’est de bonne guerre. Pourquoi pas ? On me répètera que l’opposition a raison de harceler le président provocateur. Sans doute. Cette débauche de démagogie me dégoûte. J’en suis venu à ne plus rien vouloir entendre. À fuir une campagne délétère. En revanche, ce dont je suis sûr c’est que les vraies menaces, qui pèsent sur notre pays et plus largement sur le monde, y seront à peine traitées. La « sarabantena » (1) des candidats extrémistes préfère, en effet, exacerber les passions tristes. Ne nous annoncent-ils pas le chaos absolu qu’ils prétendent empêcher ? Ne rêvent-ils pas de guerre civile que Z. entre-autres aimerait voir embraser le pays ? Décidément, l’histoire ne se répète pas mais il lui arrive de bégayer.

Bona Annada, totun / Bonne année, quand même !

1. Kyrielle.

Lo Gavisòs que’vs desira ua bona annada 2022// Le Gabizos vous souhaite une bonne année 2022