Questions
Je me demande parfois qu’est-ce qui peut traverser l’esprit d’un président de la République ? Le nôtre est jeune. On nous en rabat les oreilles. Pour nous en convaincre ? Les autres étaient-ils vieux ? « Òc, un drin » (1). La jeunesse a le désir du changement chevillé au corps. Il y en existe des révoltées, des révolutionnaires. Hélas, il y en a même des réactionnaires. La presse nous dit qu’il bouscule les usages. Sa jeunesse sera-t-elle gage d’une révolution à venir ? Je doute. Que voulez-vous, je suis un mauvais esprit. Il y a chez lui l’obsession de sauver in extremis la Vème République qui désespérait de ne plus être elle même. Il a revêtu, pour ce faire, l’habit de Charles de Gaulle. Ainsi serions-nous revenus, en un prodigieux raccourci historique, au parlement issu des législatives de novembre 1958 : une vague gaulliste avait déferlé sur la France… L’intention serait à souligner, si nous étions toujours à rire des frasques de Giscard d’Estaing en Centrafrique, avec l’inénarrable Bokassa, empereur d’opérette, néanmoins dictateur sanguinaire ou si nous tentions d’oublier le 21 avril 2002. Je me demande parfois qu’est-ce qui peut traverser l’esprit d’un président lorsqu’il a lu, comme vous et moi, que les 500 premières fortunes françaises rassemblaient désormais 330 milliards d’euros et qu’elles ont quadruplé, de surcroît, en une décennie ? A-t-il un instant pensé que les mêmes paieraient moins d’I.S.F. et que d’autres plus de CSG ? Je me demande ce qui peut traverser notre petite tête quand elle est questionnée par cette « chambre introuvable », avec ou sans cravate ? Je me demande ce qui peut pousser notre « président » à jouer le Prince-Président à Versailles ? Je me demande pourquoi, en reprenant mon exemplaire poussiéreux du « Le Rouge et le noir », j’ai retrouvé dans la préface de Jules Roy, quelques lignes tirées d’une lettre de Stendhal, datée de 1811 : « À la qualité d’être extrêmement sensible, je joignais celle de pouvoir passer pour roué, et j’étais seulement l’opposé de ce caractère. J’étais dévoré de sensibilité, timide, fier et méconnu ».
- Oui, un peu.