Cronica pareguda ger, dissabte 20 de junh 2020 en la pagina « Débats » de La République des Pyrénées
Chronique parue hier, samedi 20 juin 2020 dans la page « Débats » de La République des Pyrénées.
© Sèrgi Javaloyès © La République des Pyrénées
Subrepticement, nous avons retrouvé non pas nos marques mais nos habitudes, une forme diurne et insidieuse de somnambulisme. Une complaisance, plus ou moins avouée, à notre vieux conformisme qui fait de nous des citoyens ordinaires. L’autre matin, lors de ma marche quotidienne par une matinée grise et pluvieuse, j’ai trouvé un jeune hérisson figé sur le bord de la route. Ne pouvant m’en saisir, je ne savais que faire de cet animal à qui je voue, depuis mon enfance, une affection particulière. Il est en voie de disparition. Les voitures et les pesticides participent à leur massacre à grande échelle.
J’ai tenté, malgré tout, de voir s’il n’était pas blessé. Je l’ai examiné avec prudence, craignant qu’il ne se mît en boule. Il semblait aller. N’étant pas vétérinaire, je devais sans doute me tromper ? La pluie est devenue plus dense, plus froide. Je me suis dit : « Peut-être attend-il sa mère qui le cherche dans l’immense « no man’s land ? » que j’ai toujours connu là, livré aux désirs paisibles de la nature.
Je m’y suis aventuré. Les orties y étaient légion. Les rejetons de robinier, de chêne, de figuier et de noyer y côtoyaient la menthe sauvage, les graminées et l’herbe au sommet de sa gloire printanière. Soudain, j’ai aperçu, à quelques pas — « qu’èri beròi trempe ! » (1) — sous les ronces, un autre hérisson dont le museau était coincé dans une longue canette de bière qui avait été jetée, sans doute, depuis un véhicule. La bête soufflait fort, souffrait. J’ai fait ce que ma conscience me dictait. Je me suis saisi de ma vieille polaire, ai attrapé l’animal — était-ce la « mair deu hilh » ? (2) — et l’ai délicatement retiré de ce piège infâme. Il est resté là cinq ou six minutes, immobile. Peut-être ne croyait-il pas aux miracles ? Je l’avoue, une fierté indescriptible m’a habité illico.
En levant mes yeux sur l’espace herbacé qu’il traversait lentement avec sa progéniture, j’ai découvert un véritable dépôt sauvage de déchets divers et variés. Tous balancés par des jean-foutre qui pensent, comme nombre de nos compatriotes — l’habitude n’est-elle pas une seconde nature ? — que la nature est une immense déchetterie à ciel ouvert.
1. J’étais totalement trempé.
2. La mère du fils ?