IMAGINATIONS

© Sèrgi Javaloyès © La République des Pyrénées

Chronique parue hier, samedi 6 juin 2020 dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées //Cronica pareguda ger, dissabte 6 de junh en la pagina « Débats  » deu diari regionau La République des Pyrénées.

La pluie, « la doça ploja », est revenue. Nous étions, depuis plusieurs jours, dans l’antichambre d’un été caniculaire. J’ai vu cet épisode comme une fatalité. Les météorologues nous l’annoncent, régulièrement, en précisant que l’hiver et le printemps derniers ont été les plus chauds de nos cent dernières années.

Durant cette longue période de retraite plus ou moins forcée — elle semble continuer à vivre « ad escurs » (1) comme si de rien n’était…— le temps du retour sur soi a primé sur la volonté bien occidentale de « toujours faire », envers et contre tout. Pourtant, ce laps de temps aurait dû nous inciter à imaginer une autre humanité qui serait plus à même de combattre la catastrophe climatique qui, quoique disent nos chers « climatosceptiques », menace encore et toujours notre planète. Je constate que l’imagination politique ne semble pas être au rendez-vous de l’Histoire fortement bouleversée par cette crise sanitaire sans pareille. Notre économie est en danger. Sans doute. Que faire ?

D’aucuns, nous incitent à consommer plus et à tout va. Notre économie en mal de croissance retrouvera des couleurs. Comment concilier l’impérative obligation de justice sociale et la survie de l’univers ? Je ne vois, pour l’instant, rien qui vaille. Le conformisme est au pouvoir et l’innovation marginalisée par nos habituels conservateurs qui nous réinventent un passé pourtant révolu.

Est-il inconcevable d’imaginer un développement économique respectueux du vivant sous toutes ses formes ? On se le demande, tant la tentation productiviste du système capitaliste financiarisé est forte. Ses partisans sont puissants. Ils s’emploient à convaincre par leurs manœuvres habituelles les gouvernements et parlementaires nationaux et européens du bien-fondé de leur action. Cela s’appelle du « lobbying ». En France, il se pratique dans le plus grand secret. Seule la presse d’investigation nous permet, de temps à autre, d’en connaître ses protagonistes et leurs ténébreuses manœuvres dont la victime, in fine, est notre Terre souffrante et menacée.

1. Secrètement.

JUSQU’À L’ÉPUISEMENT…

Chronique parue aujourd’hui, samedi 30 mai 2020, dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées. // Cronica pareishuda uei, 30 de mai 2020, en la pagina Débats deu diari regionau La République des Pyrénées.

C’est l’antienne du nouveau monde. Le psaume du « monde d’après », monde de l’espérance partagée. Le cantique des hommes de bonne volonté et qui résonne à nos oreilles humanistes. Il ne dépend pas de nous seuls que cet autre monde advienne. Pas plus d’ailleurs que de tous ceux qui nous bassinent sur la fatalité du capitalisme rédempteur.

La presse écrit, cogite déjà de la future élection présidentielle. La liste récente des prétendants est à mourir de rire. Zemmour, ce cancre médiatisé et hâbleur qui clame son histoire mais surtout pas la nôtre. Bigard, cet homme dont la vulgarité est sans limite. « N’importe ! » s’écrie-t-il au nom des « braves gens » qui lui auraient accordé leur confiance. Il a claironné sur tous les réseaux sociaux qu’« il en avait » et implicitement que les autres n’en avaient point. Et notre président avec lequel il s’est entretenu pour exiger l’ouverture des bars et restaurants… ? Ne voilà-t-il qu’on annonce qu’Hanouna en serait lui aussi de sa candidature ! On croit cauchemarder… Serait-ce donc cela, le « monde d’après » ? Le spectacle ahurissant d’une démocratie dévoyée ?

Le « monde d’aujourd’hui » nous met pourtant à l’épreuve. Il nous confronte aux dures réalités du « monde d’avant », lorsque la planète souffrait déjà de tous les maux d’un système économique aveuglé par l’argent facile. Car chaque jour charrie son lot d’horreurs économiques, sociales et environnementales. Cohorte passante mais invisible aux yeux de nombre d’élus et compatriotes… La priorité est ailleurs, lâchent-ils dans un soupir coupable.

Après le 2 juin, l’appel des vacances de juillet et d’août conduira les foules pressées d’en découdre à s’agglutiner sur les plages, dans les rues des stations balnéaires, sur les sentiers de montagne, sur les rives des torrents, des rivières et des lacs. Jusqu’à plus soif…

L’association « Mer propre » a posté une vidéo au large d’Antibes où l’on voit distinctement masques et gants couchés au fond de la Méditerranée. Mer menacée jusqu’à l’épuisement.