CHRONIQUE PARUE CE JOUR SAMEDI 5 AVRIL 2025 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN » LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
CRONICA PARESCUDA UEI DISSABTE 5 D’ABRIU 2025 EN LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
Au grand matin, lorsque le jour cheminait dans un ciel encombré, j’ai fixé mon café noir comme une nuit sans fin. La somnolence allait et venait, comme l’écho d’un mauvais rêve entêté. J’avais en mémoire les soubresauts d’une actualité incandescente. J’ai bu mon second café, ai regardé sa surface lisse et brûlante. Comme à mon habitude, j’ai observé mes arbres. Ils avaient tous mis leur habit printanier. Le vert véritable côtoyait le vert persan, le vert émeraude.
Un couple de « palomas » (1) s’est posé sur l’érable. Elles m’offraient leur amour indéfectible. Je somnolais et ne m’en plaignais pas. Le billet attendrait. Il est patient, Dieu merci. J’ai éteint la radio qui se meurt, jour après jour. Elle est vieille, voilà tout. Je me suis assis et ai fini la lecture du brillant « Pierre Bourdieu, genèse d’un sociologue » (2). J’avais laissé la veille « Le livre de l’intranquillité » (3) de Pessoa où le hasard m’avait fait découvrir un texte de décembre 1931 :
« Je suis à peu près convaincu de n’être jamais réveillé. J’ignore si je ne rêve pas quand je vis, si je ne vis pas quand je rêve, ou si le rêve et la vie ne sont pas en moi des choses mêlées, intersectionnées, dont mon être conscient se formerait par interpénétration. »
Comment ne pouvais-je pas être dans sa pensée ? La langueur me tenait serré contre sa poitrine bienveillante. Qu’allais-je donc écrire ? J’errais dans l’herbe haute d’un ancien jardin abandonné, cinquante ans auparavant. J’y voyais les vieux pêchers aujourd’hui perdus dans la mémoire de mes hôtes décédés. La vieille murette au pied de laquelle poussait le muguet à profusion.
Le passé m’avait kidnappé. Par chance, le chien a réclamé ma tendresse. Les chiens ne nous mentent jamais. Ils nous aiment sans détours. Et nous ? Le vent de Nord-Est transportait la rumeur du gave. La tentation était forte de parler de Mme Le Pen suprêmement coupable clamant à tout bout de champ son innocence. Les « palomas » se sont envolées, vite remplacées par mes pies. Elles ont achevé leur nid.
1. Palombes
2. Victor Collard, CNRS éditions, 2025.
3. Christian Bourgois éditeur, nouvelle traduction Françoise Laye, 2024.

UN CAN SUU SABLE DEU SAUNEI / UN CHIEN SUR LE SABLE DU RÊVE
