CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 7 JUIN 2025 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
CRONICA PARESCUDA GER DISSABTE 7 DE JUNH 2025 A LA PAGINA « DÉBATS & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
Jeudi-matin, la pluie menaçait encore lorsque je suis revenu de Pau. À la hauteur de Baudreix, le spectacle mille fois admiré s’est découvert. Des fragments de longs nuages, comme une vieille laine, enlaçaient le Gavisòs. Soudain, voyant plus à l’Est le Pic de Miedia de Bigòrra, m’est revenu une dédicace à la librairie « Les Beaux jours » à Tarba en 2023.
Florence Andrieu m’attendait à 14 h. Il pleuvait des cordes et la ville où naguère j’avais travaillé — une drôle d’histoire ! — en était noyée. Vers 15 h, une femme de rouge vêtue est entrée, a échangé un instant avec la libraire et a récupéré son livre.
Une brune « gojata » m’a salué, m’a posé trois questions, et est repartie, gaie comme un pinson. Je l’ai vue hésiter puis a parfaitement perforé l’averse. J’échangeais avec mon hôtesse sur son métier de libraire et sur les nouveautés.
Parfois, je dédicaçais un « Ours » comme je l’appelle puis la paix vespérale se reposait sur les étagères et leurs centaines de locataires silencieux et patients. En les observant, je me disais combien écrire demande efforts et abnégation. Entêtement. Rejets, moqueries et éreintements, aussi. La loi du genre, dit-on. Combien la chance m’avait souri (très tardivement) quand les éditions Reclams avaient publié mon premier roman.
La pluie a cessé, et une tendre lumière a irisé la rue. Un homme, la cinquantaine, un habitué, a acheté le « Les deux beune » (1) de Pierre Michon. Il s’est approché, s’est saisi de l’« Ours », m’a dit que son titre était « prodigieux ».
À 18 h, à la fin de dédicace, Florence m’a donné « Mars » (2). Une offrande ! Ce roman d’un jeune homme suisse allemand qui se meurt d’un cancer est resté deux ans sur ma « tauleta » (3). Je le craignais. Vraiment. Je ne pouvais en rester là, ma lâcheté me dégoûtait. Je l’ai lu. Violent comme une tornade salutaire, doux comme la caresse d’une aube zurichoise. Terrible roman !
« Mais pourquoi, pourquoi faut-il que tout soit toujours aussi effroyable pour moi, alors que je suis normal ? » dit Fritz, quand la vie vient à le fuir.
1. Verdier, 2023
2. Fritz Horn, préface de Philippe Lançon, Gallimard, 2023.
3. Table de chevet.

