Chronique parue hier samedi 7 octobre 2023 dans la page Débats & opinions du quotidien La République des Pyrénées.
Cronica parescuda ger dissabte 7 d’octobre 2023 en la pagina Débats & opinions deu diari La République des Pyrénées.
Je me souviens. Dans les années 60-70 de l’autre siècle, les premiers frimas de l’automne venaient avec le mois d’octobre. Premières gelées blanches, pluies froides et répétées qui accompagnaient le chemin des lycéens. Parfois, une neige précoce et délicate annonçait novembre. L’hiver ne pouvait pas traîner. Comme disait Janeta, « tot qu’arriba per temps e per sason » (1). Elle exprimait ainsi sa satisfaction de voir l’arrière-saison s’installer, comme à l’accoutumée, et lui offrir une fraîcheur inégalable qui la ravissait. Elle irait avec sa sœur aux champignons, « aus cèths » disait-elle, dans son ancienne patrie des hautes collines d’Arròs où les hêtres majestueux bruissaient au vent d’Espagne. Elle se plaignait quelquefois des chaleurs excessives de l’été. Il fallait bien, de temps en temps, se plaindre du « temps qu’il fait ». Pourtant, les saisons étaient à leur place, et nul ne se serait avisé d’en contester l’harmonieuse succession. Certes, un accident climatique en venait perturber le déroulement mais l’exception faisait toujours la règle. Le pays, en effet, semblait immuable malgré tous les bouleversements sociologiques, politiques et culturels que le vaste monde donnait à admirer ou à craindre. Ce n’était pas le bon temps. Non, c’était un autre temps, temps des expériences, des réussites et des défaites, temps d’une jeunesse qui ouvrait les portes de son devenir. Faut-il se méfier de la nostalgie ? Lorsque je vois ce mois d’octobre 2023 — septembre n’était pas en reste, hélas — ressembler au mois d’août voire au mois de juillet passés, elle m’est douce et précieuse. Qu’importe si on m’en fait encore reproche. Car, quoi qu’on pense, les menaces climatiques sont là, face à nous. Elles nous dévisagent. Elles ne vont pas disparaître en se payant de mots. Il suffit d’ouvrir grand les yeux autour de nous pour en faire le constat. Janeta ne sait pas ce qui s’agite autour d’elle. Elle a passé l’âge de craindre le jour qui vient.
1. Tout vient normalement, régulièrement.

