Chronique parue hier, samedi 27 janvier 2024 dans la page Débats & Opinions du quotidien La République des Pyrénées.
Cronica parescuda ger, lo dissabte 27 de genèr 2024 en la pagina Débats & Opinions deu diari La République des Pyrénées.
Au grand ciel rose, la lune en sa pleine rondeur dévisageait la planète. Notre pied-à-terre, face aux Pyrénées, la voyait comme une voisine. Hier matin, à l’aube heureuse, je me suis demandé si nos compatriotes la regardaient encore. La première pleine lune de l’année est dite « lune du loup ». L’événement apparaît quand l’astre de la nuit est entièrement éclairé par le soleil. Il faut, pour ce faire, que soient alignés la lune, la terre et le soleil. Je ne sais pas pourquoi cette manifestation spatiale appelle le regard. C’est son pâle visage, son halo parfois messager de la pluie, ses effets sur la « Mar grana » (1) qui fascinent et troublent notre fragilité, notre éternel désir de percer les mystères de l’incommensurable : aller loin, le plus loin possible… Mars, Jupiter, Saturne et ses intrigants anneaux ? Neil Armstrong et Buzz Aldrin ont foulé son sol cendré en juillet 1969, suivis d’une flopée de conquérants d’un nouveau monde. J’ai l’impression qu’elle s’est vue ravalée à la destination de très riches touristes aimant les sensations extrêmes qui les distinguent de la multitude. Sans doute, l’insensée volonté colonisatrice d’une planète menacée. Je pense surtout à nos rêves d’aventures extraterrestres que le cinéma — voir et revoir « 2001, l’Odyssée de l’espace », ce chef d’œuvre absolu de Stanley Kubrick — a nourris pour toujours. Mais la « joena lua » (2) reste pour moi un mystère féminin, une profonde interrogation existentielle que la nuit bleue nous offre tous les 27 jours de chaque mois. Que d’heures écoulées à l’observer, à l’admirer dans le froid hiver qui reprenait son souffle givré. Que de temps à imaginer l’inimaginable, à voyager les pieds sur terre.
« La doça lua, tà sòr, ta garça
bèth que tarda tà ensenhar au chin
lo camin shord deu ton còr abrambat. » (3)
1. L’océan.
2. La jeune lune.
3. La douce lune, ta sœur, ta garce / tarde à dire à l’enfant / le sourd chemin de ton cœur incendié.

