Chronique parue hier samedi 23 septembre 2023 dans la page Débats & Opinions du quotidien La République des Pyrénées.
Cronica parescuda ger dissabte 23 de seteme 2023 en la pagina Débats & Opinions deu diari La République des Pyrénées.
La pluie revenue nous parle comme toujours de l’automne à venir. Elle nous convie à une retraite où nous revisitons les souvenirs que nous croyons disparus. J’ai toujours aimé la paix qu’elle offre. Elle calme mon anxiété. Les pluies d’antan étaient-elles différentes ? Je ne saurais vous dire. La nostalgie renâcle quand on la sollicite de trop. Jeudi-soir, elle noyait la vieille vallée et ses rousses « milhoquèras » (1). J’attendais notre aîné à la sortie du lycée, près du stade où je fis mes premières armes au rugby. Je n’avais alors que la vitesse à faire valoir. Et encore ! Profane, on l’est ; souvent on le reste. Dans l’habitacle, je pensais à quelque samedi automnal de la fin des années 60 de l’autre siècle où mes condisciples doués et fantasques enlevaient le match et parfois la victoire. La partie finie, nous étions fatigués, détrempés et boueux. Nous étions habités par la joie secrète d’avoir contribué à la réussite finale. Les défaites étaient vite oubliées. À 17 ans, quoi de plus normal. Je me souviens, quelques décennies après, avoir aperçu la tristesse dans le regard égaré des joueurs sur le banc de touche. J’y suis resté moi aussi, plus d’une fois. Quelques spectateurs inspirés, auraient pu — pouvaient-il le concevoir ? — nous souhaiter une lessive intégrale à la mode vieille. Les machines à laver commençaient à peine à entrer dans les foyers privilégiés. Nos crampons frappaient l’asphalte, la sonate des fins de match. Une autre pluie nous était promise. La douche chaude, tombée d’un pommeau rudimentaire. Nous en sortions « bèths, bons e nets » (2), prêts à recommencer à la première occasion. L’averse s’en moquait, elle tombait sans discontinuer. Souvent, elle prenait ses quartiers d’automne et durait des semaines entières. Elle faisait du gave un torrent incontrôlable. Hier encore, elle dansait sur l’érable et le pommier. Je pensais, abrité, à tous ces adolescents et adolescentes qui demain peut-être prendraient « l’aiga sus la pèth » (3) et seraient heureux d’en être mouillés.
1. Champs de maïs.
2. Parfaits.
3. L’eau sur la peau.

