Chronique parue hier, samedi 9 septembre 2023 dans la page Débats & opinions du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda ger, dissabte 9 de seteme 2023 en la pagina Débats &opinions deu diari La République des Pyrénées.
Je ne sais toujours pas si ce voyage enfoui au profond de ma mémoire a bien existé. Peut-être est-ce un rêve enfantin qui, telle une source évanouie, coule de nouveau aujourd’hui. Avant-hier, une surprenante pluie de sable s’est déposée sur mon véhicule et ce songe merveilleux d’une enfance lointaine s’est rappelé à moi. Cela faisait bien longtemps qu’il ne m’avait pas visité. Que me disait-il ? Que j’avais traversé en train le Sahara accompagné de ma mère depuis ma ville natale jusqu’à Aïn Sefra (1), une oasis située dans les monts des Ksour à 456 km, au sud-ouest d’Oran. J’avais découvert le désert sans probablement l’avoir fréquenté. Le train, quand même ! Peut-être les cours de géographie au lycée avaient nourri bien après un imaginaire enivré qui suggère des récits, mêlant le vrai et le faux ? La mémoire nous mentirait-elle ? Et nous d’en faire autant ? Peut-être est-ce ainsi que nous concevons un imaginaire pour vivre mieux notre présent ? Car l’avenir, quoique nous fassions, est insaisissable, fuyant, espiègle. Demain est un autre jour. Ce sable transporté par des vents soufflant haut dans ce ciel laiteux où brille un soleil d’incendie nous parle d’un climat changeant. Chaque jour nous en donne la preuve. Cette prévision est difficilement contestable malgré le nombre croissant de climatosceptiques dans notre pays. Autour de moi, on me dit : « Ils nous font peur pour nous faire avaler des couleuvres ! » D’habitude, je me tais. Quand le complot s’exprime il faut dix fois plus de temps pour en dénoncer la rhétorique que les deux minutes pendant lesquelles il a été énoncé. Les écologistes devraient en prendre conscience. Nombre de nos concitoyens les voient comme des oiseaux de mauvais augure. Des millénaristes du XXI° siècle ! Dès lors, une peur irrationnelle habite ces femmes et ses hommes. Leur mémoire nostalgique du climat qu’ils ont connu naguère les abuse. Ils se rassurent comme ils peuvent. Un de mes voisins m’a dit : « B’ac vederam ! » (2), si on y arrive ! » Il a souri et moi aussi.
1. La source jaune.
2. On verra bien !

