LE CIEL ET LES ÉTOILES

Chronique parue hier samedi 11 mars 2023 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées /// Cronica parescuda ger dissabte 11 de mars 2023 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Au nord-ouest, une sombre menace. Le ciel était clair encore et le soir arrivait, balayé par un vent d’Espagne irrité. Des éclairs ont perforé, là-bas, l’obscure masse nuageuse. L’orage devait probablement malmener Pau et ses environs. Soudain, les rafales ont été plus violentes, secouant haies, arbrisseaux et arbres. Les oiseaux avaient déserté l’espace. Le noir présage avançait. L’orage a été rapidement sur nous. « Lo tron » (1) nous l’a signifié. Les bourrasques ont vite noyé le village. Le chien a pleurniché, aboyé. Son lointain compatriote l’imitait avec force aboiements. J’ai compris qu’il craignait cet épisode venteux. Il est coutumier du fait. Je l’ai mis à l’abri, et j’ai vu dans ses yeux combien il était heureux. La pluie tombait drue. Je ne saurais vous dire aujourd’hui la durée de ce phénomène : une giboulée de Mars, sans doute ? La nuit est venue trempée encore par les dernières averses. Le vent s’épuisait. Comme à l’accoutumée, les exigences familiales ont repris leurs droits. Il fallait préparer le repas du soir ; emmener les enfants, ici ou là. Aller et venir, dans le ballet habituel du jeudi soir. La règle, cette seconde nature. À 19 heures 30, le ciel était parme, habité de nuages d’un noir étrange. L’horizon, là-bas, était encore tourmenté. Vers 21 h, lorsque la maisonnée a trouvé non sans mal son silence, j’ai regardé « l’estelada » (2) comme je l’ai toujours fait. Elle était d’une clarté sans nom. L’éternel enchantement. Je suis resté à l’admirer en laissant la divagation mentale me conduire en son pays mystérieux. J’ai pensé à Marcel Amont, « l’amic ». Je me suis dit que parmi ces milliers d’étoiles, il se trouvait maintenant ; qu’il y regardait le monde avec humour et tendresse. L’écho de sa voix sans pareille m’a murmuré combien il a enchanté mon enfance et mon adolescence. Combien sa joie toujours tranchait avec la morosité ambiante. Combien, aussi, il a toujours porté haut sa langue maternelle dans cette France encore et toujours frileuse. 

1. Tonnerre.

2. La voûte étoilée.

LE PALAIS, SES DÉPENDANCES…

Chronique parue, hier, samedi 5 mars 2023, dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda, ger, dissabte 5 de mars 2023, en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

La journée du 7 mars prochain sera sans doute décisive pour l’issue de la réforme des retraites, examinée ce jour par le Sénat. Il semble qu’Emmanuel Macron ne veuille pas entendre la « vox populi ». Elle lui est en effet majoritairement opposée. Il y eut naguère celle portée par Marisol Touraine, sous le mandat de François Hollande, ayant fait passer l’âge de départ de 60 à 62 ans. Je l’ai entendue, l’autre jour, sur Inter, dénonçant la nouvelle réforme. Elle avait pourtant soutenu Emmanuel Macron lors de la campagne de l’élection présidentielle. Décidément, en politique on est toujours prêt à toutes les contorsions. Les motivations présidentielles sont connues : la dette abyssale et la pression de Bruxelles quant au respect de cette étrangeté qu’est le célèbre 3% du P.I.B. Cependant, d’autres solutions, fiscales par exemple qui verraient les entreprises du CAC 40 payer leur juste écot, ont été illico récusées par Bruno Lemaire, avec l’agrément du Palais. Peut-être veut-il laisser sa marque dans l’histoire, comme ses prédécesseurs tentèrent de le faire ? Son entêtement est contreproductif et surtout injuste. Ce sont en effet les salariés les plus modestes et les femmes qui en paieront les frais. J’y vois aussi la volonté réitérée de clamer sa toute-puissance présidentielle, face à l’ensemble des citoyens. Serions-nous encore des enfants « trebatents » (1) ? Ce vieux et indéracinable bonapartisme continue de diriger la France quoiqu’on nous dise. Je pensais qu’il était passé de mode. L’ouvrage (2) de Benjamin Morel, professeur à l’université Paris 2 Panthéon-Assas — il pontifie sur CNEWS, c’est tout dire ! — nous le ressert comme un produit frais. La France serait menacée par les régionalismes. De quelle France parle-t-il ? Ce « gojat » (3) bien mis, qui sait tout, tente de nous en convaincre. Il ne sait pas — le saura-t-il un jour ? — ce que sont les langues de France et leur réalité sociolinguistique. Des patois, comme on l’entend trop souvent sur les radios nationales ? Peut-être rêve-t-il secrètement à leur lente disparition ? 

1. Agités.

2. La France en miettes, éd. du Cerf.

3. Jeune homme.