UN VRÈSPE (1)

Chronique parue samedi 24 décembre 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées.

Cronica parescuda dissabte 24 de deceme 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyénées.

Cela sera sans doute un banal après-midi de décembre. Le temps sera peut-être beau ou doux et couvert. On observera le ciel et on se posera nombre de questions. Banales, bien sûr ! La voisine nous dira de son air enjoué : « La pluie ne va pas tarder ! » On lui répondra : « Que dit la météo ? » et elle de vous répondre amusée : « Pensez, ils se trompent une fois sur deux. D’ailleurs, j’aime bien quand ils se trompent. Un peu de fantaisie dans cette triste période, ce n’est pas de refus ! » Elle rentrera en nous faisant un petit geste de la main. Elle se ravisera, et appellera son chien qui a un drôle de nom. Hector, comme le héros tragique de « L’Illiade ». Elle est peut-être professeur de lettres classiques ? Elle vient d’aménager. On regardera l’horloge à travers la vitre de la cuisine et on pensera : « Perdiu, qu’a gahat l’avança! » (2).  Quatre heures passées de l’après-midi ! D’autres diront « 16 heures » pour aller plus vite. Pourquoi se presser inutilement ? Nous savons, depuis fort longtemps, qu’il nous faut attendre. Espérer, aussi. On lira « La République des Pyrénées » puis un roman qui nous culpabilise dès que nous l’apercevons, abandonné sur une chaise. Nous le reposerons en nous disant : « Demain est un autre jour ! » Soudain, on s’inquiétera du dîner à faire et on se rassurera, comme d’habitude. On verra le jour fatigué quitter notre village, loin derrière la haute colline. On entendra les lointains aboiements des chiens, les croassements erratiques des corneilles. Des cris d’enfants, tout proche. Puis viendra insensiblement la douce nuit. Bientôt, le tumulte des voitures s’apaisera. Rien ne nous étonnera. Nous savons tout ça. Les enfants, eux, s’impatienteront car il faut qu’ils s’impatientent. Qui leur en fera reproche ? Leurs yeux sont notre lumière au grand ciel du merveilleux souvenir de l’enfance. Dans une poignée de minutes, nous fêterons « Nadau ! » 

1. Un après-midi

2. Mon Dieu, elle a pris les devants !

Derniers instants, lorsque le jour fatigué s’en va vers d’autres cieux…

Darrèrs moments quan lo dia fatigat e se’n va de cap tà d’autes cèus.

DEMI-FINALE

Chronique parue ce jour, samedi 17 décembre 2022, dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées.

Cronica parescuda, uei, dissabte 17 de deceme 2022, en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

La pluie s’obstinait depuis le milieu de l’après-midi. La nuit est venue mollement et s’est couchée sur la terre encore tiède. Il faisait doux, trop doux peut-être. Très loin, un chien aboyait. Un autre, plus proche lui a répondu. Il devait être sept heures du soir, comme on disait naguère lorsque nos mots désignaient un monde aujourd’hui disparu. L’érable était dénudé et trempé. Le tulipier de Virginie également. L’obscurité était totale. J’entendais la radio bredouiller. Elle semblait perdre haleine, s’étouffer. Elle est vieille, et s’épuise. De quoi parlait-elle ?

Probablement de la demi-finale. Depuis une semaine, on l’annonçait sans relâche. L’acharnement médiatique maintient nos compatriotes dans l’attente anxieuse du coup d’envoi. Mon étonnement était comme il l’a toujours été. N’importe, l’aventure des Bleus enfièvre les amateurs du ballon rond, les enivre, les transporte même jusqu’à Doha où il ne pleut peut-être jamais. Peut-être est-ce une façon de combattre l’ennui qui menace de temps à autre ? L’heure avançait. Je pensais à tous ceux qui attendaient impatients l’entame dans un bar bondé. La tension devait être à son comble. La promiscuité, la moiteur, et la buée qui dégouline sur les baies vitrées du troquet. D’aucuns avaient peut-être commencé à arroser une éventuelle victoire ? Il faut bien se rassurer comme on peut. Je ne l’ai pas regardée.

Je sais, je vais encore me faire enguirlander. On me dira que je suis un mauvais français. Mais qu’est-ce qu’un bon français ? S’ils savaient, j’aime le foot depuis tout petit. Je l’ai pratiqué dans un club, il y a fort longtemps et l’ai trahi pour le rugby. Je n’aime pas ce qu’il est devenu. De toute façon, un roman m’attendait. La fatigue d’une longue journée aussi. Les averses fredonnaient la berceuse secrète des rêves. Le sommeil m’entraînerait sans crier gare dans son mystérieux pays. «Demain sera un autre jour ! » me suis-je dit, sachant qu’on me soufflerait à l’oreille in fine le résultat, connu de tous, aujourd’hui. « A dimenge, doncas ! » (1)

1. À dimanche, donc.

Lo cap deu monde… La fin du monde…