Chronique parue hier, samedi 3 juin 2023 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées.
Cronica parescuda ger, dissabte 3 de junh 2023, en la pagina Débats deu Diari La République des Pyrénées.
Mardi dernier, en fin d’après-midi, un bel orage rôdait à l’Ouest. Certes, la météo l’avait annoncé mais j’espérais qu’il aurait la bonne idée de dévier sa course. La nuit est venue rapidement comme une colonne armée voulant en découdre. J’entendais clairement les tambours de sa soldatesque de pluie et de « peirada » (1). Elle a attaqué soudain, le pays était désarmé. Les éclairs ont déchiré le grand théâtre du ciel, et un déluge a noyé le paysage. Un vent fou a frappé sans ménagement arbres, fleurs et potager. Le chien a aboyé, pleuré, s’est réfugié à l’abri. Quelques instants avant, les noirs cumulonimbus de l’orage se dressaient haut dans l’espace. Les merles chantaient encore leur amour du crépuscule. Peut-être, me suis-je dit, ces moments de calme incertain sont-ils la métaphore de nos existences toujours en attente du meilleur ou du pire ? Qui sont les orages qui s’agitent au profond de nous ? Je ne saurais le dire. Il m’arrive de les entendre marmonner leur colère. Ils ne sont pas explicites, leur langue n’est pas la mienne, loin de là. J’ai beau dresser l’oreille, je ne les comprends pas. À peine, si je discerne quelques mots déjà entendus lorsqu’ils grondaient fort sur mon océan déchaîné. Ce que Freud et bien d’autres nomment l’inconscient. Que voulaient-ils me dire ? Peut-être m’avertissaient-ils de quelque submersion ? Allez savoir ? Puis sont venus le beau temps au ciel sans rides. Fallait-il y croire ? J’ai laissé faire en me disant qu’un orage est vite passé. La pluie diluvienne est tombée toute la nuit. Les rêves ne m’en ont rien dit. Il fallait se lever et attendre que le déluge s’épuise enfin. Mercredi soir, il est revenu, avec ses éclairs et sa foudre. Qui s’en plaindrait ? Pas moi, en tout cas. La vallée est vert émeraude et veut le rester.
1. Grêle.

Abans l’auratge… Avant l’orage…
