UNE JOURNÉE

Chronique parue hier samedi 22 octobre 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées. // Cronica parescuda ger dissabte 22 d’octobre 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

En pleine nuit, j’ai perçu comme un appel. La fièvre venait et partait. J’ai ouvert la fenêtre, la « balaguèra » (1) soufflait malmenant le paysage. La chaleur étouffait tout l’espace. A l’aube, la tempête a semblé se calmer. C’était sans doute illusoire. J’ai tendu l’oreille et ai entendu le chant discret et répétitif du « gòlis » (2) qui a ses habitudes sous notre chèvrefeuille. Je l’ai regardé, fragile et pourtant courageux, bravant les rafales. Un ciel sombre et mouvant menaçait. Il ne pleuvait toujours pas. Il fallait bien boire un café et essayer d’avaler quelques céréales. La rumeur radiophonique était autre, là-bas, où tout semble se passer. On a parlé du terrible meurtre de Lola qui m’a pressé la poitrine. Puis est venu le déferlement de la haine, et la honteuse récupération politique de Zemmour et de son lamentable jeune lieutenant alors que la famille réclamait la paix : la fillette n’était pas encore inhumée. D’autres encore, républicains sans doute… Que faisaient-ils là ? L’après-midi est arrivé avec sa lenteur habituelle, la rumeur lointaine de la voie-express, les informations sonorisées du lycée portées par le vent d’Espagne qui s’était remis à haleter. Je n’ai pas rallumé la radio. J’avais mieux à faire : la Covid qu’on croyait partie… Le temps égrenait ses minutes et heures lorsque les sirènes des pompiers et des gendarmes m’ont sorti de ma somnolence. « , un grave accident sans doute ! » me suis-dit. Je n’y ai plus pensé, ai repris un livre marathon qui me tient depuis plusieurs jours. C’est au crépuscule que j’ai lu sur mon mobile la raison de l’emballement sonore de l’après-midi. Un drame familial. La nuit survenait déjà et je me refusais à allumer la radio et encore moins la télé que je ne regarde plus. Soudain, l’hôte gracieux du chèvrefeuille a rechanté, et j’avoue que j’ai été rassuré.

1. Tourmente de Sud.

2. Rouge-gorge

La glèisa Sent Vicenç, au quartier deu Placerar a Nai, au sococ, un dia d’ivèrn,
on passèi un bèth tròç de la mea enfància // L’église Saint Vincent, quartier du Placera à Nay, au crépuscule, un jour d’hiver, où j’ai passé une bonne partie de mon enfance.

DES PLEINS ET DES VIDES

Chronique parue hier samedi 15 octobre 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda ger, dissabte 15 d’octobre 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Calorassa d’octobre //Canicule d’octobre

L’essence, l’essence, l’essence, nous sommes hantés ! On devrait plutôt psalmodier gasoil, gasoil, jusqu’à plus soif… En Béarn, la pénurie ne tourmente pas les esprits. Les réservoirs se remplissent encore. En revanche, en Picardie « que’n mancan » (1). Notre pays qu’on dit intelligent, avancé, dynamique, riche — que sais-je encore ? — pourra-t-il se défaire de sa dépendance aux hydrocarbures et choisir une autre voie qui verra les effets de serre baisser notablement. Jean-Marc Jancovici (2) écrit : « 100 milliards d’euros : voilà ce que l’État va devoir dépenser pour le bouclier tarifaire sur trois ans. (…) Avec ces 100 milliards, qu’aurions-nous pu faire pour nous passer un peu ou beaucoup de combustibles fossiles ? » Cette question m’est venue en tête ces derniers jours, n’ayant par ailleurs aucune compétence en la matière. Je vois, chaque jour, la nature et le climat s’abîmer. Je vis sur terre moi aussi. J’utilise une auto au gasoil et il m’arrive encore, « mea culpa, maxima culpa », de l’utiliser pour faire de petits parcours. L’habitude est une seconde nature. Nous en sommes tous là. Nous gérons pauvrement cette contradiction. Il y eut un temps pas si lointain où la voiture était reine voire plus encore, l’attribut suprême de la réussite sociale. Un temps bénit, diront certains, où le carburant était donné ou presque, même après la 1ère crise pétrolière en 1973 (le baril de brut passait alors de 3 à 10 dollars). Depuis lors, il n’a jamais cessé d’augmenter. Il atteint aujourd’hui des sommets ! A qui profite cette flambée du prix ? Nous le savons tous. Et pourtant, que fait-on ? Pensez au slogan en 1974 : « On n’a pas de pétrole mais on a des idées ! » Jancovici a, lui, des idées concrètes : « avec ces 100 milliards, le gouvernement aurait pu payer 10 millions de pompes à chaleur air-eau, ou la moitié en géothermie, réaliser environ 1 million de km de pistes cyclables. ». J’en passe… 

1. Ils en manquent.

2. Linkedin, 13 octobre 2022.