LE PALAIS, SES DÉPENDANCES…

Chronique parue, hier, samedi 5 mars 2023, dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda, ger, dissabte 5 de mars 2023, en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

La journée du 7 mars prochain sera sans doute décisive pour l’issue de la réforme des retraites, examinée ce jour par le Sénat. Il semble qu’Emmanuel Macron ne veuille pas entendre la « vox populi ». Elle lui est en effet majoritairement opposée. Il y eut naguère celle portée par Marisol Touraine, sous le mandat de François Hollande, ayant fait passer l’âge de départ de 60 à 62 ans. Je l’ai entendue, l’autre jour, sur Inter, dénonçant la nouvelle réforme. Elle avait pourtant soutenu Emmanuel Macron lors de la campagne de l’élection présidentielle. Décidément, en politique on est toujours prêt à toutes les contorsions. Les motivations présidentielles sont connues : la dette abyssale et la pression de Bruxelles quant au respect de cette étrangeté qu’est le célèbre 3% du P.I.B. Cependant, d’autres solutions, fiscales par exemple qui verraient les entreprises du CAC 40 payer leur juste écot, ont été illico récusées par Bruno Lemaire, avec l’agrément du Palais. Peut-être veut-il laisser sa marque dans l’histoire, comme ses prédécesseurs tentèrent de le faire ? Son entêtement est contreproductif et surtout injuste. Ce sont en effet les salariés les plus modestes et les femmes qui en paieront les frais. J’y vois aussi la volonté réitérée de clamer sa toute-puissance présidentielle, face à l’ensemble des citoyens. Serions-nous encore des enfants « trebatents » (1) ? Ce vieux et indéracinable bonapartisme continue de diriger la France quoiqu’on nous dise. Je pensais qu’il était passé de mode. L’ouvrage (2) de Benjamin Morel, professeur à l’université Paris 2 Panthéon-Assas — il pontifie sur CNEWS, c’est tout dire ! — nous le ressert comme un produit frais. La France serait menacée par les régionalismes. De quelle France parle-t-il ? Ce « gojat » (3) bien mis, qui sait tout, tente de nous en convaincre. Il ne sait pas — le saura-t-il un jour ? — ce que sont les langues de France et leur réalité sociolinguistique. Des patois, comme on l’entend trop souvent sur les radios nationales ? Peut-être rêve-t-il secrètement à leur lente disparition ? 

1. Agités.

2. La France en miettes, éd. du Cerf.

3. Jeune homme.

Le loup dans la bergerie

Chronique parue ce jour, 25 février 2023 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées /// Cronica parescut uei, 25 de heurèr 2023 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Soudain, entre chien et loup, des flocons lourds ont fait leur apparition. La nuit venait. La neige tombait maintenant drue comme si l’hiver tentait de dire ses derniers mots. Vers 20 heures, des millions de « plumaishs » (1) blanchissaient l’espace devenu grand silence. Comme si notre village était devenu une station de haute montagne sans les remontées mécaniques et la foule des « vacanciers » pressés d’en découdre avec les pistes rouges, noires et soirées « fondues savoyardes ». Les heures fuyaient et je retrouvais la joie d’une heureuse découverte. Un conte renouvelé qui me parlait peut-être d’une nostalgie. « Rien n’est plus vivant qu’un souvenir » comme l’écrit Garcia Lorca. J’ai donc regardé, admiré, le nez collé à la fenêtre. Je me suis dit — « que repipii » (2), je sais ! — qu’il n’y avait rien de plus beau. Le lendemain, à l’aube, le spectacle était enchanteur. Un autre silence. Le jour s’est levé. Le soleil a incendié le paysage. On fêtait, ce même jour, le détestable anniversaire de l’agression russe en Ukraine. LCI montrait un autre pays de neige et de froid où la guerre fait toujours rage. Des centaines d’hommes, de femmes, d’enfants y perdent chaque jour leur vie. L’impérialisme russe, comme tous ceux que nous avons connus jusqu’alors, est une très vieille histoire. Toujours recommencé et meurtrier, quel que soit le régime politique qui le développait. La France n’a pas été en reste… Poutine a évoqué la célèbre bataille de Stalingrad, ô combien déterminante dans la défaite des armées du Troisième Reich. Il exacerbe pour cela le nationalisme slave et russophone. L’occident — nous, sans doute ? —  est pour lui, le mal incarné comme l’était jadis le nazisme. D’aucuns diront, en écho de Moscou — ils sont plus nombreux qu’on le croit— que c’est la réponse du berger à la bergère fautive. Je crois plutôt que le loup Poutine est entré dans la bergerie Ukraine, pensant qu’il allait bel et bien la dévorer. Il a dû en rabattre. Pour l’instant.

1. Flocons

2. Je radote.

@ Jean-Pierre Doussine – Photo prise vendredi 24 février 2023, de bonne heure, depuis l’Ermitage d’Asson — Fòto hèita divés 24 de heurèr 2023, de d’òra, de l’Ermitatge d’Asson.