Chronique parue ce jour, samedi 23 avril 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda uei, dissabte 23 d’abriu 2022.
L’océan, à perte de vue. Le ciel était bas et dévorait l’horizon. Le vent d’ouest soufflait fort. Il enlevait et transportait, par à-coups, le sable de la dune où les « gorbets » (1) n’avaient pas encore fleuri. Quelques jeunes surfeurs étaient déjà à braver les vagues. Il faisait froid, et je me disais que la jeunesse est l’éternelle promesse d’un monde qu’elle désire meilleur que celui qu’elle connaît et supporte trop souvent. Je veux parler de ceux qui n’ont pas eu la chance de naître à l’abri des tempêtes que toutes les vies enfantent. La pluie avait cessé à l’aube mais elle ne tarderait pas à tremper la « Mar grana » (2) et la peuplade de la glisse. La veille, elle parlait d’avril et de ses déluges. Je les ai toujours connus jusqu’en juin faisant crues du Gave de Pau et de l’Adour. L’exubérance verte lui rendait grâce. Je la traversais basquets mouillés, le chien devant, toujours pressé. Un monde ignoré, le pays des herbes hautes, du millepertuis perforé, de la primevère officinale ou du perce-neige. À chaque pas, j’espérais le meilleur pour nous tous craignant les sombres nuées, là-bas, au lointain. Les passereaux étaient légion, leurs piaulements joyeux m’accompagnaient. Sur la vieille dune, au cœur du quartier résidentiel, une « pupa » (2) sautillait, joyeuse et maladroite. Elle aussi attendait le soleil. Il est arrivé hier comme une belle surprise. Le Béarn se remettait d’un étrange automne. Le soir, la trêve électorale serait enfin déclarée. Cette campagne a trop duré. Une autre va bientôt nous accaparer, enfin nous verrons bien. Je repensais à ce matin glacial en Marensin où l’horizon menaçait. Que me disait-il ? Je ne saurais vous dire. Je ne connais pas sa langue âpre et tendue, et ne veux pas l’apprendre.
1. Oyats.
2. L’Océan Atlantique
2. Huppe fasciée.


