Chronique parue samedi 29 octobre 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda lo dissabte 29 d’octobre 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.
Un soupir, puis un autre. Bientôt, un souffle lent et régulier. Les arbres, hier matin, respiraient. Ils m’ont semblé inquiets, en attente d’une journée qui sera une fois encore trop chaude pour un mois d’octobre. À quoi bon répéter l’évidence, il n’y a pas pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre. Souvent, je me demande s’ils ne me parlent pas « ad escurs » (1) pour me dire leurs peines. Je veux les entendre et les croire. Après tout, il n’est pas interdit d’ouvrir grand les yeux et de dresser l’oreille. Je l’ai toujours fait, et je conçois que cela m’a nourri plus que je ne le pensais. Les hommes et les femmes sont toujours à courir, pressé de gagner du temps qu’ils perdent « nolens volens » très rapidement. S’en rendent-ils compte ? Les oiseaux m’ont réveillé et la rumeur de la rue adjacente a fini par me dire à l’oreille que ma nuit était finie. Elle s’en allait déjà de l’autre côté de la terre. À chaque jour suffit sa peine, dit-on. Sans doute. Il ne se passe pas un seul jour sans que je ne reste posté, à la prime fraîcheur de l’aube, à écouter le silence. J’observe à l’Ouest, la voute balbutiante puis doucement pose mon regard sur « Lo Turon », la haute colline qui semble flatter le ciel. Hier matin, il accueillait ses premiers et longs nuages. Ils paraissaient immobiles et pourtant, ils voyageaient paisiblement comme les derniers échos d’une nuit ventée. J’ai allumé la radio, et comme à son habitude, elle a déballé tout ce qui hante l’actualité depuis que je suis en âge de l’écouter. Une litanie du malheur qui nous parle de l’humanité souffrante comme si rien n’était nouveau sur notre pauvre terre. Les menaces sont telles que parfois je tais mes espoirs. Comme l’écrivait Georges Bernanos « qui cherche la vérité de l’homme doit s’emparer de sa douleur. » On dira que j’ai des idées noires. Je ne crois pas. Qui sait ? me dis-je, souvent, en regardant l’horizon tranquille.
1. Secrètement.

Un soupir, puis un autre. Bientôt, un souffle lent et régulier. Les arbres, hier matin, respiraient. Ils m’ont semblé inquiets, en attente d’une journée qui sera une fois encore trop chaude pour un mois d’octobre. À quoi bon répéter l’évidence, il n’y a pas pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre. Souvent, je me demande s’ils ne me parlent pas « ad escurs » (1) pour me dire leurs peines. Je veux les entendre et les croire. Après tout, il n’est pas interdit d’ouvrir grand les yeux et de dresser l’oreille. Je l’ai toujours fait, et je conçois que cela m’a nourri plus que je ne le pensais. Les hommes et les femmes sont toujours à courir, pressé de gagner du temps qu’ils perdent « nolens volens » très rapidement. S’en rendent-ils compte ? Les oiseaux m’ont réveillé et la rumeur de la rue adjacente a fini par me dire à l’oreille que ma nuit était finie. Elle s’en allait déjà de l’autre côté de la terre. À chaque jour suffit sa peine, dit-on. Sans doute. Il ne se passe pas un seul jour sans que je ne reste posté, à la prime fraîcheur de l’aube, à écouter le silence. J’observe à l’Ouest, la voute balbutiante puis doucement pose mon regard sur « Lo Turon », la haute colline qui semble flatter le ciel. Hier matin, il accueillait ses premiers et longs nuages. Ils paraissaient immobiles et pourtant, ils voyageaient paisiblement comme les derniers échos d’une nuit ventée. J’ai allumé la radio, et comme à son habitude, elle a déballé tout ce qui hante l’actualité depuis que je suis en âge de l’écouter. Une litanie du malheur qui nous parle de l’humanité souffrante comme si rien n’était nouveau sur notre pauvre terre. Les menaces sont telles que parfois je tais mes espoirs. Comme l’écrivait Georges Bernanos « qui cherche la vérité de l’homme doit s’emparer de sa douleur. » On dira que j’ai des idées noires. Je ne crois pas. Qui sait ? me dis-je, souvent, en regardant l’horizon tranquille.
1. En cachette.
