Chronique parue hier samedi 9 avril 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénéees // Cronica parescuda ger dissabte 9 d’abriu 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.
Un souffle matinal, une délicieuse brise a arrêté quelques instants la fuite du temps. Le jour s’est levé avant moi. Il savait ce qu’il avait à faire : vivre, envers et contre tout. Le pommier enfin fleuri frémissait d’un délicat plaisir, comme si toutes mes peurs venaient à disparaître. J’ai pensé au silence que rien ne dérange. Il parle toujours de l’âme cachée des choses. Comme vous, sans doute, je tente chaque jour d’affronter tant bien que mal les menaces qui ne manquent pas. Pour cela, il faut savoir savourer les douceurs que le printemps accorde. Le climat, dont je connais les humeurs massacrantes, viendra bientôt me ramener à mes inquiétudes coutumières. « Vertat qu’ei ! » (1), les temps ne sont pas propices à l’apaisement, bien au contraire. Il y a une guerre là-bas, épouvantable, et ici, d’autres guerres françaises qui parlent dans notre dos, dont la violence insolente est à peine tue. Peut-être annoncent-elles des lendemains qui ne chanteront plus ? Peut-être me trompé-je ? Je me suis souvent trompé. Qu’importe, je préfère le chant glorieux du pinson des bois, ce « trobador » discret qui, au sommet de mon érable, me conte l’amour fidèle que je porte à la nature. Jamais je ne l’ai abandonnée. Elle m’a toujours accompagné même lorsque j’étais un urbain oublieux de ses bienfaits. Le vent printanier m’emplit d’une paix sans égale. Il est la voix secrète d’un récit à venir. Malgré les malheurs du monde qui me choquent et me révoltent, je sais qu’il me donne le courage de continuer à aimer la vie comme un homme fragile mais libre.
1. C’est vrai.

