LA JOIE EST PAIX

Chronique parue le samedi 12 mars 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda lo dissabte 12 de mars 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Jeudi matin, la pluie hésitait encore place Royale à Pau. Il faisait frisquet. Au sud, les sommets étaient accrochés. Là, rassemblés et encadrés par leurs enseignants et par nombre de bénévoles, des centaines d’enfants dansaient, chantaient, au rythme des sauts béarnais. Les confettis jetés, à la dérobée, volaient ici ou là. Je me suis approché, cherchant, non sans mal, l’école où « la hilha » (1) est scolarisée. Une foule enfantine, ravie de côtoyer, toucher, houspiller, Sent Pançard, attendait l’heure de déambuler jusqu’au stade François-Tessié où la fête battrait son plein l’après-midi. Ses 800 élèves des Calandretas et des sections bilingues occitan-français du Béarn, nous parlaient d’un temps arrêté où la violence et la cruauté étaient exclues ; où les personnages emblématiques du Carnaval bearnés réjouissaient leurs « cœurs purs ». La joie est paix. Qui dirait le contraire lorsqu’on regarde les images de cette effroyable guerre menée par l’ogre russe ; il bombarde jardins d’enfants, hôpitaux, immeubles, maisons, massacrant ainsi la population civile. Marioupol est ville martyre. On y creuse désormais des fosses communes. À ce jour, on compte plus de 75 gamins tués dans l’ensemble du pays. Lorsque la cavalcade s’en allait vers le boulevard des Pyrénées, j’ai eu l’impression de vivre un moment privilégié. La pluie s’est enfin décidée à tomber sur la ville. Il devait neiger là-bas sur le pic du « Gavisòs » (2). Sent Pançard guidait son peuple enjoué, et moi de repartir vers le piémont où, très vite, les échos de cette horreur viendraient nous rappeler que, là-bas, les bombes ne chantent pas, ne dansent pas, n’honorent pas Carnaval. Elles tuent des « mainats » (3) innocents dont se moque bien le tyran sanguinaire du Kremlin.

1. Ma fille.

2. Gabizos

3. Enfants.

Sococ sus la Mar grana, en abòr // Crépuscule sur l’océan, en automne

GUERRES

CHRONIQUE PARUE CE JOUR, 5 MARS 2022 DANS LA PAGE DÉBATS DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES //CRONICA PARESCUDA UEI, 5 DE MARS A LA PAGINA DÉBATS DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »

Dans Lo Camin de tèrra — Le Chemin de terre (1) — le beau roman de Bernard Manciet, quelques passages évoquent le bombardement d’Irun par l’artillerie Franquiste lors de la campagne du Guipúzcoa du 19 août au 5 septembre 1936. Manciet, m’a raconté — il était adolescent— qu’on entendait, dans la haute Lande, l’écho lointain des bombes qui tombaient sur la ville frontalière basque. Il avait ajouté, que passée la frayeur première, les Landais reprenaient leurs activités habituelles, comme si de rien n’était. Peut-être pensaient-ils comme un grand nombre de Français que c’était loin et qu’ils n’étaient pas concernés ? On connaissait pourtant le nombre effrayant de victimes civiles dues à l’armée franquiste. Hélas, la France du Front Populaire était alors prise dans les rets de la non-intervention. Léon Blum s’était vu contraint de ne pas envoyer d’armes à la République espagnole par l’opposition de la droite, des radicaux d’Édouard Herriot, du président Albert Lebrun et surtout du gouvernement britannique conservateur de Stanley Baldwin. Pourquoi écris-je cela ? Parce que je lis que d’aucuns, toujours les mêmes, ne veulent pas que la France et l’Union Européenne livrent des armes à l’Ukraine bombardée par l’artillerie lourde de Poutine. Hier, des tanks russes ont tiré sur la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia ! On cite Jaurès qui disait en 1895 : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l’orage ». Il avait alors raison mais le pacifisme, né de la boucherie de la 1ère Guerre mondiale dont il avait dénoncé l’imminence, a été un naufrage débouchant sur l’humiliation de Daladier face à Hitler, à Munich en septembre 1938. En revanche, la guerre en Ukraine ne nous montre pas deux belligérants mais bien un agresseur russe et une nation libre agressée. Le pire est à venir, et nous nous abandonnerions à une lâche non-intervention ?

1. Trois romans, éd. In8, traduction de G. Latry et la collaboration d’E. Comellas et de votre chroniqueur.

VAQUETAS DAB LAS LORS ESQUIRAS // VACHES AVEC LEURS SONNAILLES