LA RENTRÉE – LA RENTRADA : MENACÉ

Chronique parue hier, samedi 3 septembre 2022, dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda ger, dissabte 3 de seteme 2022, en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Je ne sais plus quel matin d’août une phrase m’est venue. Comme ça, solitaire. Elle me semblait chercher un débouché. Peut-être une tête pour y tourner en rond ? Une bouche pour la crier sur la place publique ? Pourquoi elle et pas une autre plus douce, plus estivale ? « Ce monde n’est fait que de menaces ! » revint pourtant souvent dans cette journée caniculaire. Elle ne me quitta pas. La chaleur extrême, incendiaire, ne faiblissait pas. L’accablement la suivait de près comme un sale chien de garde. Parfois, tombant soudain telle une condamnation, je me mettais à détester le soleil, pensant bêtement qu’il était à l’origine de tous nos maux. Je rêvais d’averses, de bourrasques, de déluges. D’automne frais aux nuits apaisantes. De forêts humides. Il m’arrivait aussi de fredonner « Le jour où la pluie viendra. », la chanson de Gilbert Bécaud, que ma marraine, trop tôt disparue, chantait naguère lorsque le monde me semblait heureux. L’était-il ? Le charme discret de la nostalgie, sans doute. À vrai dire, je crois que d’une certaine manière, il l’était. Curieuse phrase quand même. Me sentais-je menacé ? L’incendie monstrueux de Landiras et ceux qui suivirent nourrissaient la menace. Je me tenais loin de l’actualité mais un jour, je vis, sur une plage près d’Arcaishon, une jeune « cabiròla » (1) morte d’épuisement. Ce fut un vrai choc. Comme si cette mort injuste était le symbole du crime que le capitalisme financiarisé commet quotidiennement. Les catastrophes climatiques continuaient. Des menaces encore, comme une répétition névrotique. Les décisions salutaires seraient-elles prises à temps ? Les plus riches souvent insouciants, cyniques, seraient-ils enfin sollicités ? Ce matin-là, je m’interrogeai : « Ces patrons milliardaires, ces dirigeants politiques mal enrichis, se sentent-ils eux aussi menacés ? 

1. biche. 

L’éternel coucher du soleil, d’une journée caniculaire, à Vieux- Boucau // L’etèrne sococ, d’un dia caniculari, a Bocau Vielh.