Chronique parue le samedi 17 septembre dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda lo dissabte 17 de seteme en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.
La musique. C’est cela. La musique qui sans cesse nous sollicite, exige que nous la suivions, toujours, comme si rien n’était possible sans elle. La voix de Brigitte, longtemps je l’ai pensée enfantine. Sa fraîcheur. Lui, avec son chapeau et son costard qui s’étonne de son silence, l’interpelle sous le soleil d’une Italie qui nous semble irréelle. Les images vues et revues ne nous parlent pas. Elles nous montrent ce que nous devons saisir et ne pas comprendre. La musique, encore, qui revient inlassablement. Brigitte est blonde, brune, blonde encore, dans cette scène où lui veut aller à Capri et elle refuse. On ne sait pas ou plutôt on préfère ne pas savoir car, plan après plan, Godard nous kidnappe, et nous nous laissons faire. C’est sa vérité banale et éternelle : que serait l’amour sans paroles, sans respect mutuel ? Nous sommes conquis. Au point que nous pensons que le cinéma vient de naître avec lui. Le plaisir est dans cette première fois. Et notre regard se pose sur les fesses de Brigitte. « A’s damnar ! » (1) Son peignoir de bain jaune, et lui, à quelques pas, derrière, qui descend les escaliers. Et d’attendre ce qui viendra ou ne viendra pas. La musique de Delerue revient, telles les vagues d’une mer qu’on soupçonne proche, à un soupir d’une brise qui berce les cyprès. Le film est dans le film. Jack Palance, en producteur irascible est là, Fritz Lang aussi. Ulysse les observe. Comme le fait Godard. Cependant, comme un murmure qui peine à révéler sa sincérité, Brigitte évite Paul, alias Piccoli. Elle part… Peut-être dès l’entame étaient-ils déjà séparés ? J’avais lu naguère « Le Mépris », le roman de Moravia, après avoir vu le film. Et déjà, passait et repassait dans ma tête, la musique portant la voix enfantine de Bardot.
1. À se damner !

Verd…
