JE NE SAURAIS VOUS DIRE

Chronique parue aujourd’hui, samedi 2 juillet 2022, dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda uei, dissabte 2 de julhet 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Une fuite. Une traversée lente et paisible. J’allais vers une contrée hospitalière. La nuit me guidait avec les lumières lointaines des maisons où le sommeil ne connaissait pas encore les draps usés de son royaume. Je rentrais du « capdulh » (1) du Béarn. Une forte pluie accompagnait ce voyage qui me faisait traverser un pays dont on ne connaît plus limites et contours. Il a changé en douce. Il n’a pas pour autant perdu son âme discrète. Elle exprime parfois sa bienveillance ou sa colère envers ceux qui, fiers de leurs certitudes, s’en déclarent propriétaires et dressent des frontières inutiles. Comme si sa vieille langue en avait toujours posé. Qu’importe ! me direz-vous. Peut-être est-ce la vieille peur de la dissolution dans un vaste pays qu’ils imaginent cauchemardesque ? Peut-être se sentent-ils dépossédés ? Peut-être suis-je injuste ? Je ne saurais vous dire. D’ailleurs comment le saurais-je ? On a vite fait de vous assigner à je ne sais quelle région que tout votre être récuse. La pluie noyait la vallée endormie. Elle la soignait des maux climatiques dont elle souffre désormais. Et moi de croire qu’elle rêvait comme rêvent les bêtes. Une fuite, en effet, pour m’épargner la malveillance des temps passés et présents. Après tout, pourquoi aller au-devant des ennuis ? Je songe parfois à toutes ces années écoulées, à ce que cette terre m’a offert et à ce que je lui ai humblement donné. Elle était souvent ingrate mais cela m’importait peu. J’ai atteint enfin mon refuge. J’y ai constaté que le temps exige des citoyens du Béarn, quelle que soit leur origine, leur culture, leur opinion, de trouver les voies de la concorde pour un lendemain sincère. D’aucuns, me diront que je m’égare. Je ne saurais vous dire.

1. Capitale.

Lo Gavisòs, deus soms deu Solòr estant // Le Gabizos des sommets du Soulor.

LUNDI MATIN

Chronique parue hier, samedi 25 juin 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda ger, dissabte 25 de junh 2022, en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

On s’est levé. On a mis le nez dehors, le ciel était ténébreux comme l’annonce faite à la terre béarnaise. Un lundi comme un autre. Presque… On s’est habillé, on s’est douché, préparé « l’esdejuar » (1). On a allumé la radio. Elle nous a parlé du tremblement de terre électoral de la veille. On s’est dit que nous entrions désormais dans une zone de grandes turbulences. Une autre tempête soufflait déjà en haut, à la capitale. On s’est dit aussi que notre président avait eu la rançon de sa longue et étrange absence ; de l’endormissement qu’il avait provoqué. Il l’a brisé soudain par une intervention sur le tarmac d’Orly en partance pour la Roumanie où il a repris stupidement l’antienne gaullienne, « Moi ou le chaos ». On a bu notre café, on a avalé nos céréales, on a jeté un œil inquiet sur le ciel menaçant. L’orage annoncé viendrait-il avec son vent fou, sa pluie diluvienne et sa grêle ? (Il est venu plus tard, « malaja »). On a compris que la France entamait une ère nouvelle. On savait que, depuis des siècles, notre pays n’aime pas les compromis. Il préfère en effet les dénonciations, les démagogies répondant à d’autres démagogies venues du camp adverse ; les petites et grandes guerres politiciennes, au détriment trop souvent des intérêts du pays et de ses citoyens. On a désiré, un instant, devenir ressortissants d’une Allemagne où le régime parlementaire oblige les partis à s’entendre sur un programme commun. « En de batles ! » (2) En désespoir de cause, on a attendu qu’à Paris, où tout se décide hélas, notre président devienne plus humble et plus à l’écoute de tous ceux qui se voient depuis des lustres oubliés voire abandonnés. On a attendu aussi que lui comme ses opposants républicains réfléchissent enfin aux raisons qui ont poussé la moitié de nos concitoyens à s’abstenir et ce qui a permis l’élection des 89 députés du Rassemblement National. 

1. Petit-déjeuner

2. En vain.