Chronique parue ce jour, samedi 15 mai 2021 dans la page Débats & Idées du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda uei, dissabte 15 de mai 2021 en la pagina Débats & Idées deu diari La République des Pyrénées.
On s’approche du but. La date en est fixée. D’aucuns compteraient-ils les jours qu’ils leur restent ? Peut-être sont-ils pris de vertiges à l’annonce de cette libération conditionnelle ? Peut-être pensent-ils que ces retrouvailles les feront plus heureux ? Je ne saurais vous dire. Le monde d’après, comme on ne cessait de le nommer l’année dernière, sera-t-il au rendez-vous ?
Mon habituel scepticisme me pousse à en douter. Après tout, avant mars 2020, le monde, le nôtre, nous faisait ni chaud ni froid. Nous traversions nos existences comme nous l’avions toujours fait. Certes, nous nous savions menacés par une flopée de crises de tout ordre mais nous continuions, jour après jour, à aimer, à jouir, à souffrir, à chanter et déchanter, « a córrer Sagòrra e Magòrra e lo Mont de Marsan » (1)… Soudain, la pandémie est venue, et ce qui nous semblait d’une banalité affligeante, nous a manqué cruellement. Une nostalgie est née.
La très longue quarantaine (2) avait l’allure d’un étrange exil. Cent fois, j’ai entendu les mots de la dépression. Cent fois, j’ai vu la détresse des jeunes et le désarroi des exclus. En revanche, les plus riches n’en étaient pas affectés. Ils ont notablement augmenté leur richesse et ne sont pas prêts à contribuer à la solidarité nationale. N’ayez crainte, on touche au but. Ce demain désiré.
De quoi sera-t-il fait ? Ne nous prédit-on pas une guerre civile suivie, dans la foulée, par un « pronunciamiento » (3). Ne nous annonce-t-on pas une victoire de la droite-extrême aux prochaines échéances électorales ? Le sort en serait-il jeté ? Je crains fort qu’on nous encourage à rendre les armes. Pour ma part, ce n’est pas demain la veille que je me résignerai à ce sale défaitisme qui est distillé, à chaque instant, par nos chères chaînes de télévision en continu ?
1. Bourlinguer.
2. Magnifique roman de Le Clézio, éd. Gallimard.
3. Forme castillane du coup d’État.
Que cela est bien dit. Bravo
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