Chronique parue hier, samedi 9 octobre 2021 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda, ger, lo dissabte 9 d’octobre 2021 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.
On se sait plus regarder ce qui nous entoure. On court sans cesse sans voir ce qui naît, vit et meurt autour de nous. Peut-être est-ce dû à l’époque où tout va à la vitesse d’un courriel ? Il faut se gendarmer pour arrêter de traverser nos vies à toute allure. Il faut se convaincre qu’il ne sert à rien d’imaginer que nous dompterons le temps. Il faut nous poser, nous asseoir, sur le banc de l’apaisement que nous offre chaque jour nos paysages. Qu’il soit rural, péri-urbain ou urbain. Il faut s’intéresser, lorsque notre curiosité excite notre regard, à cette inscription fanée sur un mur qui nous murmure encore les troubles politiques des années soixante du vieux siècle. L’autre jour, lors d’une marche solitaire à la « saliga de Pardias », j’ai découvert une très vieille « bòrda » délabrée que j’ai photographiée en me disant qu’elle serait le témoignage d’un temps lointain où le Béarn était encore majoritairement rural. Qui y avait protégé ses « vacas » aux premiers froids de l’hiver ? Qui le sait ? Qui pourrait nous le dire dans la langue menacée dans laquelle j’ai été immergé naguère. Je sais, il faut parfois guérir de la nostalgie. Mais, quoi qu’on dise, elle nourrit notre histoire. Je la laisse bercer la mémoire de l’enfant qui pensait que l’avenir serait un ciel limpide d’octobre. En ces temps-là, la ville où je vivais depuis peu était une exception industrielle. Des milliers d’ouvriers et ouvrières travaillaient dans des usines textiles et de la filière du bois qui ont soudain sombré dans l’océan de la désindustrialisation au début des années 80 du XXème siècle… Souvent, par la mauvaise gestion de leurs dirigeants qui n’ont pas su prendre le virage de l’innovation technologique et surtout qui n’ont pas vu ou n’ont pas voulu voir la terrible menace de la mondialisation. Une forme insidieuse de défaitisme qui étonne encore aujourd’hui. Qu’importe ! diront certains il faut regarder demain. Pourquoi pas ?

