CHRONIQUE PARUE HIER, SAMEDI 19 MARS 2022 DANS LA PAGE DÉBATS DU QUOTIDIEN LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES // CRONICA PARESCUDA GER, DISSABTE 19 DE MARS 2022 EN LA PAGINA DÉBATS DEU DIARI LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.
« Lo vent qu’arriba de haut » (1) dit le proverbe. D’Espagne, plus loin encore. De ce désert où Charles de Foucauld se voulut à l’abri d’un monde bruyant, incapable de lui offrir l’apaisement et la sérénité. Enfant, lorsque le Sirocco soufflait sur Oran, une chaleur inhabituelle tombait sur la cité, et le temps soudain hésitait, tentant enfin de faire malgré tout son éternelle besogne. Il répandait généreusement le sable du Sahara sur le port et la mer démontée, à tel point que les goélands — « gaviláns » qui, selon ma grand-mère, enlevaient les enfants indociles dont j’étais — envahissaient le vieux quartier, volant bas, et pleurant et pleurant encore. Ce même sable est tombé du ciel sur le Béarn et bien plus loin encore. D’aucuns s’en sont étonnés, ignorant que les vents se moquent bien des frontières et des distances. Un vieil ami m’a même dit « décidément, le temps n’est plus ce qu’il était… ». Une joie discrète m’a habité. J’ai pensé, comme à l’accoutumée, que la nature finit toujours par bouleverser les certitudes voire l’entêtement stupide de nos compatriotes face au changement climatique. Oui, j’aime cette subversion qui nous dit— comme lors de la « balaguèra » (2) de décembre 1999 —ces quatre vérités venues du grand Sud. Comme « La Gloire des Pythre » (3) ce roman, qui court de la fin du 19° siècle aux années 60 du vieux siècle. Un vent fougueux, tempétueux qui, à chaque ligne, vous emporte aux confins de la lecture. L’écrivain (que je suis) en est sorti, secoué comme un frêle bouleau par la rafale, humble et plein d’espoirs.
1. Le vent arrive du haut.
2. Tempête de Sud.
3. Richard Millet, Folio n°3018,

