Z comme…

Chronique parue ce jour, 25 septembre 2021 dans la page Débats de La République des Pyrénées // Cronica parescuda uei, 25 de seteme 2021 en la pagina Débats de La République des Pyrénées.

Comme Zubarán, le peintre espagnol, son Christ en croix me marqua, enfant. Comme Zinoviev, Grigori de son prénom, bolchevik, trucidé, entre autres, par Staline. Comme Zapata Salazar, célèbre général mexicain, magnifié par Elia Kazan dans son film « Viva Zapata ! ». Comme Zadig de Voltaire, qui n’est pas, comme d’aucuns le croient, une marque de vêtements. Comme Zabulon, fils de Jacob et de Léa, et non pas Zébulon du « Manège enchanté » que j’ai sans doute regardé, « mainatge ». Comme Zarathoustra, Nietzche en fait le premier moraliste de notre ère. Comme Zidane dont le Real Madrid ne se plaît pas, bien au contraire. Comme Zimmerman, l’autre nom de Bob Dylan, mon éternelle idole. Comme Zoug, le nom pour le moins étrange d’un lac suisse. Comme Zweig, Stefan, l’écrivain juif autrichien, nouvelliste hors pair, qui fuit le nazisme avec ces compagnons Walter Benjamin, Franz Werfel qui écrit « Le Chant de Bernadette ». Comme « Z », le film de Costa Gravas en 1969 qui dénonçait le régime des Colonels en Grèce ; il a nourri ma conscience politique. Comme Led Zeppelin, premier album et groupe de rock britannique fondé par Jimmy Page ; surtout « Stairway to Heaven »), ce morceau d’anthologie. Comme « Zodiac », un thriller étasunien réalisé par David Fincher. Film vu quatre fois tant il me parut fascinant et désespérant : le tueur du Zodiaque est resté finalement introuvable. Comme « Z.A.D. », il en existe encore. Où ? Je ne saurais vous dire. Comme Zizanie, à droite où les égos des prétendants au trône républicain font office de programmes. Comme Zola, Émile que l’autre Z, délibérément médiatisé, qui débattait l’autre soir avec Mélenchon— il faut le dire vite ! —, dit avoir abandonné pour Barrés, cet écrivain nationaliste en diable et à l’antisémitisme aussi virulent que son ami Charles Maurras. Il nourrit, quoi qu’il en dise, sa pensée avariée et nauséabonde.

LA TOTALE

Jean Colombier, Jean-Paul Basly, Jacques Colombier, Frédéric Vilar, La Totale, éditions Gascogne, 273 p.,  15 €, Orthez, 2021.

Voilà donc quatre vieux juniors du R.C.L. de Lendrosse dans les Landes que quarante années ont séparés. Bruno, François, Bernard et Paul, vont vers une étrange épiphanie à laquelle Charles Ducouty, leur entraîneur, dans un lit d’hôpital à Dax, les a conviés. Il se meurt. Chemin faisant, nos quatre mousquetaires — penser à Vingt ans après d’Alexandre Dumas — passent en revue toutes ces années qui les ont vus essayer de vivre en hommes de temps troublés où les joies — peu nombreuses faut-il le souligner — les peines, les drames et surtout les désillusions ne les ont pas épargnés. D’aucuns sont blessés ; leurs blessures saignent encore quand d’autres ont pris le parti de passer outre, de se mentir car à quoi bon lutter contre un destin qu’ils pensent inéluctable. Comme le dit François « Oui, tu as beau te dire que les choses n’auraient pas dû se passer comme ça, que ceci, que cela… » ou Bruno qui confesse son incompréhension devant l’errance lente et bien réelle de son couple : « Pour être franc, je ne sais pas à quel moment les choses m’ont échappé ».

Oui, ces quatre sexagénaires ont rendez-vous avec Charles, leur père en rugby et sans doute en existence qu’ils avaient alors à traverser. Cette convocation, puisque c’en est une, les intrigue, les interroge. Qu’est-ce qu’il va pouvoir leur dire à ses derniers instants sur terre ? Sans doute le savent-ils déjà ? Sans doute ne veulent-ils pas savoir ? Car naguère un drame au soir d’une victoire inespérée les habite encore. Ce jour-là, ils sont sacrés champions Côte basque, grâce à « la Totale », une combine que l’inspiration leur a fait choisir in extremis. Le récit est écrit à quatre mains, ce qui ne laisse pas d’étonner, fort bien tenu du reste. Il nous dit la banalité d’existences dont nul ne peut récuser la réalité. Il y a là une vraie humanité dure et délicate à la fois ; le sentiment que ces « capdèths » (ces types) nous ressemblent, quels que soient nos vies respectives.

Ce roman nous fait plus humbles, plus sensibles à nos échecs, à nos réussites, à nos errances, à nos petits et gros mensonges : ces gilets de sauvetage que nous mettions lorsque l’océan était fort et que la noyade menaçait. Comme le dit François, aux dernières pages de l’ouvrage : « Nous avions fait défiler nos vies d’hommes, kaléidoscope de tant d’obstacles vaincus ou souvent fuis, tant de peines oubliées, tant de désespoirs surmontés (…) ». Un livre à lire, même si on n’a pas baigné dans ce monde du rugby aujourd’hui disparu, hélas, des bourgs et des villages. L’émotion qui s’en dégage est réelle. Que l’on ne s’y trompe pas, les quatre vieux juniors ont mouillé le maillot pour écrire cet « hilh de puta » de roman.