DICTATURES

Chronique parue hier samedi 4 septembre 2021 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda ger dissabte 4 de seteme 2021 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

L’autre matin, « còp sec » (1), comme l’éclair d’un orage matinal, une dictature m’est tombée dessus, cela m’a fait un choc. Une belle secousse ! Reprenant mes esprits, je me suis dit que c’était sans doute le mauvais rêve d’une courte nuit qui continuait son œuvre. Hélas, je me trompais. Des cris, des discours, des slogans ont réveillé ma mémoire. J’avais en effet entendu Philippot et Dupont-Aignan, Mélenchon (à tout le moins, il n’est pas contre la vaccination), and so on, déclarer haut et fort que nous étions désormais sous le joug d’une véritable tyrannie. Des doutes subsistaient. « Tè, ai-je pensé, je ne m’en étais pas aperçu ! » Et Dieu sait si je suis en alerte, scrutant chaque jour l’actualité, comme le commandant Drogo, l’ennemi, dans son Fort Bastianini (2).

Je reconsidérais alors ce dont j’étais sûr. N’avais-je pas vécu les heures noires du franquisme ? J’en avais même fait, parmi tant d’autres, les frais aux premiers jours de janvier de 1974 après l’attentat contre l’amiral Carrero Blanco de décembre 1973 organisé per l’E.T.A. Je me revoyais manifestant, quelques semaines plus tôt, contre la sanglante dictature du général Pinochet après le coup d’état contre le gouvernement légal de Salvador Allende. Je connaissais déjà – merci Soljenitsyne ! — l’horreur Stalinienne. Je fus épouvanté par la Révolution culturelle de Mao-Tse-Tung, puis par celle des Khmers rouges.

Ce matin-là, je me disais que nos prophètes de malheur habitaient sans doute loin de nos contrées démocratiques. Peut-être vivaient-ils en Chine, en Russie, en Corée du Nord, dans les Pays du Golfe et pourquoi pas en Égypte ? Certes, notre démocratie dysfonctionne depuis longtemps. Le centralisme exacerbé la malmène. Mais rien ne justifie ces élucubrations conspirationnistes. Suis-je bête ? J’avais oublié. Bientôt, viendront les élections présidentielles. Elles nous promettent de beaux délires démagogiques. Comme me le disait, il y a peu, un ami, « les idéologies s’obstinent à nier les faits ».

1. Soudain.

2. Dino Buzzati, « Le Désert des Tartares ». 

Photo de Sebastian Voortman sur Pexels.com

RÉFRACTAIRES

Chronique parue samedi 3 juillet 2021 dans la page Idées et débats du quotidien La République des Pyrénées. // Cronica pareguda lo dissabte 3 de julhet 2021 en la pagina Idées et Débats deu diari La République des Pyrénées.

L’autre soir, la nuit était fraîche. J’étais pour m’endormir lorsque m’est venue l’idée qu’un dôme de chaleur s’abattait sur le Béarn. La température diurne atteignait les sommets que le Canada et les États-Unis subissent depuis plusieurs jours. Les images, que j’avais vues dans la soirée, allaient et venaient, inquiétantes. J’ai vite renoncé à cette divagation mentale. Hélas, je ne trouvais pas le sommeil. Je repensais aux 47,9°C près de Vancouver ou encore les 46,1°C de Portland, sur la côte-est des U.S.A. Aux cent victimes. Je voyais l’incendie. Lytton, le village des 49,6° dévoré, « lèu hèit » (1), par les flammes d’un enfer terrestre.

Les spécialistes disent que le phénomène n’est pas inhabituel mais que son intensité dépasse tout ce qui avait été constaté jusqu’alors. D’aucuns, irréductibles climato-sceptiques, vous diront qu’il n’y a là rien d’alarmant. Ils vous affirmeront même que par le passé — qui a bon dos… — ces événements climatiques extrêmes étaient monnaie courante. Une de mes connaissances m’avançait l’argument que les rapports du G.I.E.C. étaient discutables voire suspects. J’en suis resté coi.

J’ai souvenir avoir rencontré, l’été dernier, dans un bar palois, un ancien camarade de la faculté des lettres de Pau, brillant chef d’entreprise reconnu par ses pairs. Je le savais toujours méfiant, indocile à l’information vérifiable et vérifiée. Celui-ci me lâcha, sans sourciller, que l’attentat du 11 septembre 2001, ayant fait 3 000 victimes à New-York, était le fait de la C.I.A. Je vous passe ses autres vaticinations qu’il m’offrit ce jour-là. « L’Homme qui tombe » (2), le roman de Don Dellilo nous conte, à travers des personnages new-yorkais, ce jour qui changea la face du monde. Je suis intimement convaincu qu’il y a eu un avant et surtout un après. Peut-être ferons-nous le même constat lorsque nos étés seront assassins ?

1. Vite fait.

2. éd. Actes Sud, coll. Babel.