REPORTAGES & SÉRIES

Chronique parue hier matin, samedi 29 mai 2021 dans la page Débats & Idées du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda ger matin, dissabte 29 de mai 2021 en la pagina 29 de mai 2021.

Lorsqu’on regarde de près ce que nous montrent, à longueur de journées, les chaînes de télévision en continu, on constate que les faits divers sanglants y tiennent une place grandissante. Le dernier en date, l’attaque au couteau d’une policière municipale, près de Nantes. Ces chaînes nous livrent, en direct, pêle-mêle, images d’hélicoptères, un expert, un gradé, un boulanger captif avec les salariés de sa boulangerie… Insensiblement, la séquence se transforme en un reportage sur la chasse à l’homme menée promptement par les forces de l’ordre. L’homme est en effet dangereux et peut tuer. Une édition spéciale s’installe alors. Le journaliste de service l’anime et la commente une heure et demie durant…

Lorsqu’on regarde de près ce que nous montrent à longueur de journées les chaînes de télévision en continu, on constate que les faits divers sanglants y tiennent une place grandissante. Le dernier en date, l’attaque au couteau d’une policière municipale, près de Nantes. Ces chaînes nous livrent pêle-mêle, images d’hélicoptères, un expert, un gradé, un boulanger captif avec les salariés de sa boulangerie… Insensiblement, la séquence se transforme en un reportage sur la chasse à l’homme menée promptement par les forces de l’ordre. L’homme est en effet dangereux et peut tuer. Une édition spéciale s’installe alors. Le journaliste de service l’anime et la commente une heure et demie dura

Le programme devient soudain une série policière qui doit normalement nous tenir en haleine. Le fugitif, dont on ne sait rien (1), a blessé deux gendarmes. Il est in fine abattu. Dès lors, l’information — enfin ce que ces chaînes estiment être digne de nous être livrés — reprend ses droits, jusqu’au prochain épisode… Faut-il croire qu’elles n’ont rien d’autre à nous « donner à voir » ? N’ayez crainte, elles savent ce qu’elles font. La tyrannie de l’audience et la concurrence des autres chaînes les rappellent à l’ordre. Hélas, elles entretiennent un climat anxiogène dont les ressorts inconscients pervertissent le regard que leurs « abonnés » portent sur la société.

« De bueus en vacas (2), je veux vous parler de « Mare of Easttown », une mini-série diffusée sur OCS où Kate Winslet interprète un lieutenant de police dans une ville de Pennsylvanie. Elle enquête sur un meurtre. Très vite, une atmosphère lourde, brumeuse, menaçante nous saisit. Autour d’elle, le monde semble sur le point de s’effondrer… Nous percevons combien il est complexe pour cette femme officier de police de mener de front sa vie personnelle et son enquête. Il ne s’agit que d’une série policière de fiction mais dont le singulier mérite est de dévoiler la froide détermination du « mal » face au portrait d’une magnifique femme.

1 – Nous avons pris en fin d’après-midi qu’il était schizophrène et islamiste radicalisé.

2- Du coq à l’âne.

MAUVAIS RÊVE

Chronique parue hier samedi 22 mai 2021 dans la page Idées et débats du quotidien La République des Pyrénées// Cronica parescuda ger dissabte 22 de mai en la pagina Idées & débats deu diari La République des Pyrénées.

La journée avait bien commencée. Le soleil me disait sa joie de retrouver sa place au ciel de toutes les espérances. N’avait-il pas chassé l’étrange mois de novembre que nous avions supporté jusqu’alors ? Hélas, l’après-midi, le ciel s’est assombri et les espoirs que j’avais placés dans cette matinée radieuse m’ont lâchement abandonné. Il ne m’était plus permis de rêver. Et Dieu sait si les rêves sustentent nos vies, enfin pour ceux qui veulent bien les écouter.

Lorsque la lumière vacillait encore, j’imaginais que le Conseil Constitutionnel, saisi par une soixantaine de parlementaires LRM, « manejats » (1) par le cabinet de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, n’allait pas censurer la « loi sur la protection et la promotion des langues régionales », portée par Paul Molac. Hélas, en fin de matinée, j’apprenais que les « Sages » avaient censuré l’article 4 qui prévoyait que l’enseignement d’une langue régionale puisse être immersif dans l’enseignement public. « Il est contraire à l’article II de la Constitution (la langue de la République est le français) » ont-ils annoncé. Il déclare donc anticonstitutionnelle une méthode pédagogique. Ce qui est pour le moins curieux !

Est-ce à dire que l’expérience Calandreta, qui existe depuis 42 ans, devient illégale ? M. Blanquer, toujours à sa vieille obsession « républicaniste », a réussi son mauvais coup. Il écrit, quoi qu’il en dise, la chronique de la mort annoncée des langues régionales qui sont — faut-il le répéter ? — menacées d’extinction.

La France, qui se réclame « a tot pip pap » (2) de la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen », est une exception dans l’Union Européenne. Ce jour, je supporte un mauvais rêve. Se dissipera-t-il ? Je crains fort que non. Je pense à la phrase de Pascal (3) : « La multitude qui ne se réduit pas à l’unité est confusion ; l’unité qui ne dépend pas de la multitude est tyrannie ».

1. Manipulés – cf. Le Canard enchaîné, du 27.04.2021.

2. À tout propos.

3. Pensées.