NOS PRINTEMPS

Chronique parue ce jour, 3 avril 2021, dans la page Débats et Idées du quotidien La République des Pyrénées// Cronica parescuda uei, 3 d’abriu 2021, en la pagina Débats et Idées deu diari La République des Pyrénées.

Le vent d’Espagne — il est, ce me semble, aragonais — est revenu nous offrir une vraie chaleur estivale. Je le connais. Souvent, il nous visite. Je l’estime et l’honore. Il me tient chaud quand le froid de tous les hivers s’installe et me désespère. C’est un voisin hâbleur, excessif et parfois violent. Il fait néanmoins partie de nos paysages depuis que les Pyrénées dressent haut leurs « pics e malhs ». Il soufflait hier encore sur le Béarn. Le ciel était d’un bleu laiteux et rien ne semblait troubler son paisible désir d’être l’insondable pays de nos rêves. À le regarder caresser les arbres récemment sortis de l’hiver, il m’a semblé qu’il parlait de liberté. Elle nous manque depuis que le Covid 19 contamine, blesse et tue.

L’après-midi s’avançait, et le parfum du lilas était la langue exquise du printemps qu’on nous annonce menacé par une goutte d’air scandinave. Aujourd’hui, « dissabte de Pascas » (1), je veux croire que demain, « en Mai, fais ce qu’il te plaît ! » nous dira enfin son message d’espoir. Un pessimisme insidieux nous pousse pourtant à craindre une vie où les mutations incessantes de ce virus nous contraindront à la « servitude volontaire ». Les jeunes n’en acceptent pas l’augure et bouillent d’impatience. Comme je les comprends !

Je pensais, en observant deux abeilles butinant çà et là, que le vieux monde s’est égaré et que le nouveau est introuvable. Allez, relisons Hugo (1) : « La clarté du dehors ne distrait pas mon âme. / La plaine chante et rit comme une jeune femme ; / Le nid palpite dans les houx ; / Partout la gaité luit dans les bouches ouvertes ; / Mai, couché dans la mousse au fond des grottes vertes, /Fait aux amoureux les yeux doux. »

1. Samedi de Pâques.

2. « Les Contemplations », Les luttes et les rêves, Poésie Gallimard.

PASCAS (1)

Chronique parue aujourd’hui, samedi 27 mars 2021 dans la page « Idées et Débats » du quotidien La République des Pyrénées// Cronica parescuda, uei, dissabte 27 de mars 2021 en la pagina « Idées et Débats » deu diari La République des Pyrénées.

Dans quelques jours, viendra la « semaine sainte ». Hier, relisant encore et toujours « La Pesanteur et la grâce » (2), je me suis remémoré combien enfant je vivais mal la mort du Christ. Ma foi n’avait pas encore subi les assauts du doute et des idées nouvelles. Notre temps était religieux. Et s’il ne l’était pas, il nous obligeait à le prendre en compte quelle que soit la forme de notre agnosticisme. C’était dans les années soixante de l’autre siècle. Chaque jour de la « setmana santa » était un sentier escarpé, mystérieux où nous cheminions inquiets du devenir de notre âme.

Lundi, mardi, mercredi, jeudi…

Notre société béarnaise vivait à l’heure du calendrier et rites de l’église. Mon enfance y trouvait les raisons de voir dans la « passion du Christ », la métaphore d’une vie à faire avec ses joies, ses peines et peut-être ses défaites. Soixante ans après, j’en garde une nostalgie, qui a nourri un imaginaire, une œuvre en construction.

Bientôt, « divés sent » (3), journée endeuillée de mauve vêtue.

Venait alors, le samedi de Pâques. Il s’annonçait comme une victoire sur les ténèbres que j’appréhendais confusément comme une libération. De qui ? De quoi ?

Comment aurais-je pu le savoir ?

Depuis lors, un ouragan civilisationnel a quasiment anéanti ce « patrimoine cultuel immatériel ». Il est aujourd’hui méconnu, méprisé, parfois exécré. Et Dieu sait si l’église romaine a beaucoup à se faire pardonner, et ceci depuis des siècles ! La sécularisation de notre société ne semble pas vouloir s’arrêter. Faut-il le déplorer ou s’en féliciter ? Je ne saurais répondre à ces questions.

Ce que je sais c’est que l’argent, ce Dieu toujours ressuscité, alimente la religion du matérialisme aveugle et destructeur. Ces derniers années, il a gagné en efficacité. Ces croyants sont légion. Le capitalisme mondialisé et financiarisé est son église universelle qui n’a que faire de la lumière printanière de Pâques. Ses papes, cardinaux, évêques et prêtres sont sans foi, ni loi.

1. Pâques

2. Simone Weil, nouvelle éd. Plon.

3. Vendredi saint