Oh, je voudrais bien que tu te souviennes…

Chronique parue samedi 20 mars 2021 dans la page Idées & Débats du quotidien La République des Pyrénées //

Cronica parescuda lo dissabte 20 de mars 2021 en la pagina Idées et Débats deu diari La République des Pyrénées.

Je ne sais pas avoir entendu une saillie aussi stupide d’un membre du gouvernement. Le Ministre de la Justice, interpellé lors des questions écrites, par Marc Lefur, lui a répondu : « Monsieur le député breton Marc Le Fur, vous savez comme moi d’où vient le mot baragouiner, bara, le pain et gouiner, le vin, en breton. Alors moi, je n’ai pas le goût de l’effort inutile ! » Hélas, la pratique chez nos gouvernants est ancienne, très ancienne. L’histoire nous montre, en effet, que les « méridionaux » comme on les appelle encore, ont toujours fait l’objet de termes méprisants voire injurieux distillés par les élites monarchiques, impériales et républicaines. Jusqu’à nos jours !

Nous l’avions sans doute oublié : leurs locuteurs jeunes et vieux sont les fils indignes de la République, une et indivisible. J’y pense maintenant : Jean-Luc Mélenchon avait déclaré, à Brest, pendant la campagne des présidentielles de 2017, que la langue française était la « langue de la liberté », de l’émancipation. Il essentialisait la « langue » en lui attribuant « une nature intrinsèque », supérieure à toutes les autres. Ils sont nombreux, à droite comme à gauche, à penser cette imbécilité dogmatique.

Pour eux, ces langues sont de pauvres sabirs, des patois sans intérêt, inutiles, à jeter aux poubelles de l’histoire. Décidément, l’ignorance reste, quoiqu’on fasse, la mère de toutes les abominations langagières. Heureusement, les Sénateurs ont voté majoritairement la loi sur les langues régionales contre l’avis de Jean-Michel Blanquer. Elle sera débattue le 8 avril prochain à l’Assemblée Nationale.

P.S. L’hiver n’a pas dit son dernier mot. Le virus, non plus. Hier et aujourd’hui, les trains bondés déversent « a noste » (2) ceux qui fuient — nos chers privilégiés… — Paris et son confinement. Espérons que le Covid et ses variants ne les suivent pas de près…

1. Serge Gainsbourg, « La Chanson de Prévert ».

2. Chez nous.

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MASQUÉS

Chronique parue ce jour, samedi 13 mars 2021 dans la page Idées et Débats de La République des Pyrénées // Cronica parescuda uei, dissabte 13 de mars 2021, en la pagina Idées et Débats de La République des Pyrénées.

Nous vivons plus ou moins masqués. Ces masques bleus ou blancs font désormais partie de notre quotidien, de nos paysages qui ont été par là même modifiés. Il ne se passe pas un jour sans que je n’en trouve un exemplaire sur un trottoir, dans un « plèish » (1) ou un fossé lors de mes marches hebdomadaires. Le masque est devenu déchet jetable, comme d’innombrables objets qu’on balance sans scrupules çà et là…

L’autre jour, je me suis rendu à Pau pour affaires, si j’ose dire, moi qui n’en fais pas. J’ai vu, dans une de ses rues principales, qu’il y avait encore des réfractaires non pas à la « constitution civile du clergé » mais à ce morceau de tissu qui leur fait horreur. Certes, ils ne sont pas nombreux mais ils portent haut leur désinvolture. Ils croient poser, à la vue de tous, un acte de résistance à l’autorité et au pouvoir qui est fatalement dictatorial. Allez savoir ce qui les y pousse ?

Vous me direz que notre lointaine contrée est épargnée par les mutants britannique et sud-africain qui font des ravages chez les Picards et les habitants d’Île de France qui n’est pas une terre insulaire dans un océan tempétueux mais bien un territoire, ô combien névralgique, où vivent douze millions de Franciliens qu’on ne veut à aucun prix confiner…

Il n’en demeure pas moins que nous continuons à porter — en Béarn et au « Bascoat » ; ailleurs aussi bien sûr… — nos chers masques qui font de nous des êtres sans bouche et sans nez qui s’épuisent souvent à reconnaître une vieille connaissance ou un amour d’antan que nous croisons. Seul leur regard nous interroge et réciproquement…

Nous devenons, aussi, petit à petit, des citoyens vaccinés. Je l’ai été, il y a peu, par mon médecin qui m’avait préalablement sollicité. Une petite fatigue, rien de bien méchant, et tout est redevenu comme avant. En revanche, les emballements médiatiques précédés ou suivis par les réseaux sociaux concernant le vaccin Astra-Zeneca (qui m’a été administré) nous promettent déjà une nouvelle catastrophe vaccinale. Tout est prétexte à la polémique fallacieuse qui n’en finit pas de nourrir les conspirationnistes de tout poil qui, eux, avancent masqués. À nous de les démasquer car ils auront vite fait de nous faire vivre l’Enfer sur terre avec ou sans masque.

1. Haie.