Chronique parue hier samedi 20 janvier 2024 dans la page « Débats & Opinions » du quotidien La République des Pyrénées.
Cronica parescuda ger dissabte 20 de genèr 2024 en la pagina « Débats & Opinions » deu diari La République des Pyrénées.
Jeudi matin, le vent d’Espagne haletait sa douceur sur le piémont. Jusqu’où poussait-il son souffle ? L’arbousier, l’érable du japon, le pommier et le petit hêtre, bruissaient de plaisir. Les moineaux étaient à leur concert joyeux, et notre « gòlis » (1) à l’abri du chèvrefeuille. Le printemps avait-il osé devancer son agenda ? Météo-France peut-elle encore se tromper ? Il m’arrive de le souhaiter. Nous vivons dans un monde où tout semble prévisible. C’est agaçant.
L’effet de foehn était donc à son comble, et au grand ciel de janvier les nuages immobiles sur les sommets, ses attributs, me rappelaient ses lointaines expressions quand le climat était encore « normal ». Je me suis souvenu que le matin du 5 janvier 1985, il soufflait fort sur le Béarn. À 16 h, une pluie diluvienne tomba, suivi, avec la nuit, d’une neige stupéfiante. La température chuta jusqu’à atteindre -10°c. La dernière vague de froid du XXème siècle dura jusqu’au 18 janvier, et les paysages traversés pour aller travailler — mon directeur était un vrai stakhanoviste ! — me paraissaient tenir de l’URSS, avant son effondrement en décembre 1991.
Jeudi matin, a contrario, la neige de nos « montinas » fondait à vue d’œil — dorénavant, les épisodes neigeux et doux se succèdent assidûment. J’ai pensé aux stations de ski pyrénéennes et à leur devenir. Les élus de montagne en ont-ils pris conscience ? Un de mes amis me l’a confirmé : ils y pensent et imaginent tant bien que mal le changement radical auquel ils seront bientôt confrontés.
À propos de l’URSS, je relis lentement « L’Archipel du Goulag » (2) après avoir dévoré « Le Pavillon des cancéreux » (3). À leur lecture on ne peut être que secoué par le vent tumultueux qu’Alexandre Soljenitsyne souffle dans ses romans. Il y a là certes une grand-œuvre littéraire mais aussi une dénonciation sans pareille du système concentrationnaire soviétique que d’aucuns ont nié pendant des décennies. Poutine continue la tradition si j’ose dire en Russie et en Ukraine où son cynisme assassin massacre aussi la jeunesse russe.
1. Rouge-gorge.
2. Points, n°P3281
3. Poche, Robert Laffont.

