L’ESPOIR FAIT VIVRE

Chronique parue hier, samedi 27 mai 2023 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées.

Cronica parescuda ger, dissabte 27 de mai 2023 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Jeudi, la nuit échappée, l’aurore était grise. Il pleuvait. Une pluie douce, une bonté du ciel. J’entendais respirer l’herbe haute et ses fleurs sauvages. Nous ne les avions pas fauchées. La tondeuse attendrait quelques jours encore. Les arbres murmuraient la fraîche prière de l’aube. Ils frissonnaient d’aise à la brise de l’aube. Deux « palomas » (1) dodues se sont posées, sautillant, joyeuses. Elles sont reparties derechef pour un autre lieu apaisé où elles trouveraient leur Eden. Les merles s’en donnaient à cœur joie. Ce silence habité me parlait des heures à venir. À chaque jour suffit sa peine et sans doute son bonheur. Le réveil a fait son office. Il était temps de se lever. Pourtant, je traînais. J’attendais un signal. Rien n’est plus vrai que ce fragile instant où l’heure se cherche et ne se trouve pas. La lecture nocturne de « Le météorologue » (2) bredouillait encore ses mots durs, ses mots qui font mal et qui, cependant, vous tiennent éveillé. Je pensais en prenant le café que la chronique à venir était loin d’être écrite. Les enfants partis, les tâches ménagères s’impatientaient. Sur le coup de neuf heures, on m’a appris une bien mauvaise nouvelle, un très vieil ami, Eric Gonzalés, le bel écrivain, nous avait quittés pour ce pays dont nul ne revient. L’annonce était brutale moi qui attendait, comme chaque jour, son appel. Comme je l’ai déjà écrit — je sais, je me répète… — désormais, l’espoir fait vraiment vivre. Le ciel lentement s’est déchiré laissant une claire lumière embraser le paysage. Là-bas, la haute colline de l’« Angladura » se défaisait de ses habits de brume. Soudain, comme un écho, ont résonné les chansons chantées par les enfants de la Calandreta Paulina, des sections bilingues des écoles de « Bòrdas », « Sauvanhon » et Stalinas Lavigne à Pau, lors du merveilleux conte musical « Lo Calhau qui flòta » (3), la veille, au théâtre Saint-Louis. Je me suis alors souvenu de la phrase de Camus : « Le monde est beau, et hors de lui point de salut. »

1. Palombes 

2. Olivier Rolin, Points, 6,90 €

3. De Sèrgi Mauhorat, Nathalie Biarnés, de l’OPPB et Canopé /Capòc

Eric Gonzales, dètz ans a, davant la hont de la Plaça de la Liberacion a Pau.

Eric Gonzalés, il y a dix ans, devant la fontaine de la Place de la Libération à Pau.

UNE RÉACTION

Chronique parue le samedi 20 mai 2023 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées.

Cronica parescuda lo dissabte 20 de mai 2023 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Vous verrez, nous serons bientôt bien plus intelligents que nous le sommes aujourd’hui. Enfin, on ne cesse de nous en rebattre les oreilles depuis plusieurs semaines. L’intelligence artificielle nous promet, en effet, monts et merveilles. D’ailleurs nous sommes fascinés par cette promesse. Que dis-je ? Nous sommes pris de vertiges quant à ses incroyables performances. Pourtant, cette nouvelle avancée technologique — elle enthousiasme déjà quelques élites autoproclamées — est un pas de plus vers la déshumanisation de notre monde. Une manœuvre sournoise, néanmoins terriblement efficace : la beauté du Diable, en quelque sorte ! Tout avait commencé avec les réseaux sociaux. Ils sont, à mon humble avis, une malédiction universelle dont nous sommes hélas les victimes trop souvent complaisantes. Cette technologie a même la capacité de composer toutes sortes de musiques même les plus sophistiquées. D’écrire nouvelles, romans, chroniques, essais… Un exemple m’a frappé dernièrement : « Irish Times, un quotidien irlandais a été piégé par un faux article écrit par l’intelligence artificielle » écrit « Le Monde » du 16 mai dernier. J’y vois, une fois encore, la très probable exclusion des innombrables personnes qui n’y auront pas accès ou qui ne sauront pas l’utiliser. Il y a plus grave encore. L’intelligence artificielle, puisque c’est ainsi qu’on la dénomme à tort, va remplacer dans un élan fallacieux de générosité, l’humanité créatrice, fantasque, subversive qui nous est chère. Une humanité hésitante, tâtonnante, maladroite, complexe dont l’intelligence réitérée, à travers les siècles, a produit ce qu’il y a meilleur, depuis la nuit des temps. Demain ou après-demain, cette intelligence numérique sera, quoi que nous voulions et fassions, incontournable et in fine obligatoire. La facilité, la rapidité d’exécution, la masse prodigieuse de données dont elle dispose, auront beau fait d’annihiler toutes nos oppositions même les plus tenaces. Nous deviendrons peut-être, tôt ou tard, les idiots utiles de ce mensonge viral qui se propage à la vitesse d’un clic sur nos ordinateurs, smartphones et autres écrans disponibles.