Chronique parue ce jour, 28 octobre 2023 dans la page Débats & opinions du quotidien La République des Pyrénées.
Cronica parescuda uei 28 d’octobre 2023 en la pagina Débats & opinions deu diari La République des Pyrénées.
De temps à autre, le ciel est rose parme sur les hauteurs, d’un rose bientôt brouillé par le jour qui ne tarde guère. L’émerveillement s’évanouit. Cette tendre couleur est, chaque année, montrée, exposée (1). Elle nous dit et redit le drame du cancer du sein qui touche majoritairement les femmes. Les hommes, parfois. Nombre de membres de mon entourage ont subi opération, rayons, et traitements lourds qui affaiblissent les corps et dépriment les âmes. D’aucunes en sont mortes, naguère. Cette grave affection est telle que certains — peut-être se rassurent-ils ainsi ? — parlent imprudemment de banalité. Pourtant, le cancer existe bel et bien, et celles et ceux qui en souffrent le savent chaque instant de leur vie. La maladie est sournoise et se développe loin des yeux. Une forme d’hypocrisie qu’on ne peut pas vilipender. Elle parle de temps à autre mais sa langue est inaudible, incompréhensible. Et quand on l’entend son obscur travail est bien avancé. Alors, commencent les examens, l’hôpital, l’opération chirurgicale, la radiothérapie, la chimiothérapie qui, grâce à Dieu, soignent et délivrent les corps. Hélas, les angoisses qu’elle enfante, sont des diables évadés d’un enfer dont on ne connaissait aucunement l’existence. La menace grandit et on ignore comment elle s’est glissée dans le corps. Comment pourrait-on la tenir à distance, « mandar-la tà la montanha » (2) ? Chaque jour est une nouvelle guerre incertaine à livrer. Il n’y a nul champ de bataille, seulement d’amers silences suivis de questions sans réponses. Les jours, les semaines, les mois s’en vont et on se croit guéri, délivré. La joie, et la vie semble de nouveau revenue. Mais, sans crier gare, ce maudit cancer réitère. On se sent trahi. On crie, on dénonce. On se tait, enfin. Il faut repartir au combat, gagner la nouvelle guerre. Là, est la véritable résilience. Alors chaque aube est un espoir comme la fleur à peine éclose au jardin de nos rêves.
1. Octobre rose.
2. L’envoyer paître, promener.

Le Gabizos pris par les nuages venus du versant aragonais — Lo Gavisòs gahat peus crums arribats deu penent aragonés enlà.
