Ne t’inquiète pas, ça va aller…

Chronique parue le samedi 29 avril 2023 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées

Cronica parescuda lo dissabte 29 d’abris 2023 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées

Hier matin, l’annonce fébrile d’une journée estivale se faisait sentir. La nuit avait été chaude. De bonne heure, alors que les « rebalais » (1) des merles habitaient mon réveil, Pierre, un vieil ami, m’a téléphoné pour m’avertir d’un nouveau décès. Le cancer avait emporté une âme pure qui nous était chère. Pierre m’a confié, alors, que la dépression l’avait repris. « Je chavire ! » m’a-t-il dit d’une voix éraillée que je ne lui connaissais pas. Il se voyait séquestré par sa « vieille et détestable compagne » — c’est ainsi qu’il la nomme. Il l’a maintes fois quittée. Elle revient, entêtée, dans le seul but de le jeter dans sa geôle dont il ne connaît toujours pas les contours et dont il cherche encore la sortie. J’ai lu à ce propos « La dépression est une maladie, pas un choix », l’excellent article de « The Conversation » (2). Il m’a plus qu’appris, il m’a ouvert les yeux. J’ai été intéressé par la partie consacrée à ce qu’il ne faut pas faire face à un dépressif : « Donner des injonctions (le fameux « secoue-toi », ou, « moi, quand ça ne va pas, je prends un bain chaud et ça va mieux ! »). Les patients déprimés ont en général essayé plein de choses pour aller mieux et sont déjà bien assez culpabilisés. Banaliser la dépression […] n’a jamais aidé personne. » Jean-Victor Blanc (3), l’auteur de l’article, souligne combien notre société toujours pressée, stressée, en manque de reconnaissance ou d’amour, avide de réussite rapide, vénale et cynique, j’en passe, engendre de plus en plus de personnes mélancoliques. Pierre a continué à me conter ses jours gris et ces nuits sans sommeil. Il n’est qu’échecs et défaites. Il ne s’aime pas. J’aurais pu lui souffler : « Ne t’inquiète pas, ça va aller… »  Mais je ne l’ai pas fait. Il m’a rappelé le soir même pour me dire qu’il avait été soulagé de vider son sac et qu’il avait pris rendez-vous avec son psychiatre. Que pouvais-je faire, si ce n’est le féliciter ?

1. Trilles.

2. https://theconversation.com/bonnes-feuilles-la-depression-est-une-maladie-pas-un-choix

3. « Pop & psy : comment la pop culture nous aide à comprendre les troubles psychiques, éd. Plon.

HÉROS GASCONS

CHRONIQUE PARUE LE SAMEDI 8 AVRIL 2023 DANS LA PAGE « DEBATS » DU QUOTIDIEN LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES — CRONICA PARESCUDA LO DISSABTE 8 D’ABRIU 2023 EN LA PAGINA « DEBATS » DEU DIARI LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.

La énième version cinématographique de « Les Trois mousquetaires », le célèbre roman (1) d’Alexandre Dumas père, vient de sortir et une belle campagne de communication s’emploie à la faire connaître au plus grand nombre. Nos quatre gascons, dont trois béarnais, y ont encore perdu leur accent. Dumas, dans son ouvrage, n’y fait guère allusion préférant souligner leur appartenance à la lointaine province dont ils sont issus. Ils sont provinciaux et donc incapables de comprendre les codes et « habitus » en vigueur à la capitale du royaume. Il recrée peut-être l’ethnotype du gascon hâbleur, roublard, etc. L’intelligentsia parisienne, mais aussi « régionale » par mimétisme sans doute, a décrété depuis fort longtemps, qu’« il n’est de bon bec que de Paris » (2). Les héros gascons de la littérature romantique française sont des adolescents mal dégrossis, — à la fin de sa vie, Alexandre Dumas le dit à son fils (3) — égarés dans un monde d’adultes détenteurs du vrai pouvoir, en l’occurrence celui du cardinal Richelieu ou du roi, Louis XIII. Nos quatre héros sont courageux, téméraires, intrépides, parfois. Ces fins bretteurs mettent en échec, par leur bravoure, les manigances du cardinal. Leur absence au monde de la politique, face aux noirs desseins du cardinal, permet depuis des centaines d’années de faire de « tout un chacun » un valeureux « mousquetaire ». En revanche, « La Reine Margot » — roman républicain, s’il en est ! — est une exception dans l’œuvre prolifique de Dumas. Henri III de Navarre, prisonnier du Louvre de Catherine de Médicis, est un homme conscient de sa destinée royale et le prouve, in fine. Le film éponyme qu’a réalisé Patrick Chéreau en sublime la vérité et la force.

Allez, si vous voulez voir un film drôle, déjanté où on parle occitan, français, croate, avec l’accent, regardez vite « La Seria » sur https://www.france.tv/series-et-fictions/la-seria/.

1. Pocket, texte intégral, 1993.

2. « Balade des femmes de Paris », François Villon.

3. Préface et commentaires de Jacques Gomard, Pocket, texte intégral, 1993.

Dimenge de Pascas a Eth Saut e Bòrça en Vath d’Aspa dab Paul Mirat, au parat deu hestau « Poésiques » organizat per Johann Villanua, la soa mair Colette e tots los sons amics

Dimanche de Pâques à Etsaut et Borce à Etsaut et Borce en Vallée d’Aspe avec Paul Mirat, à l’occasion du festival « Poésiques », organisé par Johann Villanua, sa mère Colette et tous ses amis.