Chronique parue le samedi 3 décembre 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées //Cronica parescuda lo dissabte 3 de deceme 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.
Le ciel était froid et pâle. L’aube avait peiné, une vieille brume lambinait encore sur le gave et ses environs. L’heure n’était pas encore venue. Puis, lentement, un pâle soleil a éclairé l’érable aux couleurs automnales. Déjà, les pinsons des jardins, les merles, les moineaux, se sont posés sur l’herbe frileuse et ont picoré les graines mises à leur disposition dans notre petit « casau » (1). Je les observe et suis étonné par leur vivacité et, en même temps, par leur fragilité. Ils sont toujours aux aguets, craignant le prédateur qui ne saurait hésiter un seul instant. Un chat sauvage, noir de surcroît, fait des ravages dans le quartier, et je ne vous cache pas qu’il me hérisse le poil. J’ai pour ces « ausèths » (2) une vraie affection car leur précarité me sollicite et parfois me peine. Hier matin, j’ai songé soudain — que sait-on des associations d’idées ? — à ces enfants que la pauvreté accable, blesse et exclue. Elle nourrit, au plus profond, la culpabilité ou le fatalisme. Voire, pour certains d’entre nous, un cynisme qui m’effraie quand il ne m’écœure pas. L’Insee, en 2019, annonçait le chiffre sidérant de 3 millions d’enfants pauvres en France. Qu’en est-il en cette fin 2022 ? Le nouvel épisode de cette crise sans fin en augmentera sans nul doute le nombre. Elle est scandaleuse. Nous le savons que trop, un enfant pauvre restera longtemps marqué par cette blessure. Elle l’empêchera. Qui en doute ? Je pourrais, s’il le fallait, en faire des pages pour l’avoir côtoyée naguère. Nos présidents successifs nous ont promis qu’ils s’attaqueraient à ce mal endémique. Hélas, il n’a pas disparu. Bien au contraire, il prospère. Je m’étonne qu’ils n’aient pas encore pris ce drame humain à bras le corps. Seuls les « Secours Populaire », « Secours Catholique », « Restos du Cœur » et bien d’autres encore, se battent véritablement pour que ces enfants ne souffrent plus de la pauvreté et parfois de la misère.
1. Jardin.
2. Oiseaux.

