À RENÉ

Chronique parue aujourd’hui, samedi 26 novembre 2022, dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées.

Cronica parescuda uei, dissabte 26 de noveme 2022, en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Je suis entré lentement dans son bureau. Il se tenait là, souriant, près de son ordinateur. Il m’attendait. J’étais, comme à l’accoutumée, en retard. Je me suis excusé comme un adolescent timide. Je lui avais téléphoné quelques jours auparavant pour lui proposer un titre pour mon billet. C’est ainsi qu’il dénommait ma chronique hebdomadaire à venir. Je lui avais envoyé au préalable un « essai » qu’il avait accepté avec ce ton apaisé et doux qui m’avait mis en confiance. Je le confesse, mon anxiété ne me quittait plus depuis qu’il m’avait sollicité. Je crois que c’était « a las prumerias » (1) de février 2002. Il me donna quelques recommandations eu égard au « cahier des charges » qui était désormais le mien, et j’en fus rassénéré. Une nouvelle aventure commençait. Littéraire de surcroît, quoi que puissent penser certains aigris qui ont vite fait de vous clouer au pilori de leurs certitudes. Très vite, je compris que son érudition n’était pas cuistrerie, comme chez nombre de « saberudàs » (2) que j’avais supportés ou fuis. Chaque fois que j’avais l’occasion de le croiser rue Lespy ou au Drop, rue Castetnau, où j’allais boire un café ou une pression, je le sollicitais pour qu’il voulût bien répondre à mes questions sur l’histoire de Pau, trop souvent méconnue. Je me souviens encore de ce qu’il m’avait dit de l’histoire de la synagogue de Pau ou de la prise du journal « Le Patriote » en août 1944 par les chefs de la Résistance béarnaise qui est devenu quelques années après notre « République des Pyrénées ». Et que dire de son style élégant et précis ! Je débutais, et à le lire, je doutais encore. Il sut, parfois, me conseiller, ouvrir des pistes auxquelles je n’avais pas pensé. Je lui dois sans nul doute d’avoir persévérer alors que, dans les premiers temps, j’avais été à deux doigts de tout laisser tomber. Vingt ans après, je veux par ce billet lui rendre hommage.

1. Au début.

2. Cuistres.

PLEIN GAZ !

Chronique parue le samedi 19 novembre 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda lo dissabte 19 de noveme 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Je vois déjà le match. Un ballon rond roule, s’envole, s’arrête et, soudain, va droit au but, sous les yeux fascinés du peuple des footballeurs et de leurs soutiens, assis sur leurs canapés devant leur l’écran plat, si possible. Il passera de pied en pied à tout bout de champ, au rythme des reportages et retransmissions qui n’auront de cesse de nous rebattre les oreilles avec « l’aventure des Bleus » dans ce petit émirat de la Péninsule arabique. Le Qatar est une monarchie théocratique d’obédience wahhabite, un courant rétrograde de l’islam. La « charia », la loi islamique, s’y applique encore. Les extraordinaires recettes qu’elle tire de son sous-sol gazier paraissent illimitées, au seul profit d’un pouvoir corrompu et corrupteur. Je songe au financement trop souvent occulte que ses dirigeants octroient au salafisme qui se développe insidieusement chez nous comme ailleurs en Europe… Pour s’en convaincre, lire l’ouvrage « Gouverner au nom d’Allah » (1) de Boualem Sansal. La manne qatarie a encouragé la FIFA à choisir ce pays pour accueillir cette satanée coupe du monde. Un article du journal « Le Monde », du mardi 15 novembre, titre « Attribution du Mondial : Nicolas Sarkozy, Michel Platini et le rachat du PSG au cœur de l’enquête de la justice française » (1). Faut-il parler des centaines (on parle de même de milliers) de salariés décédés à la suite des conditions de travail imposées par les entreprises du B.T.P. Certaines sont françaises ! La construction de stades climatisés posés au beau milieu du désert a été pour ces braves, le visage hideux de l’exploitation et de l’injustice. Doit-on dénoncer le bilan carbone de ce Mondial ? Le président de la FIFA et le pouvoir qatari affirment qu’il est équilibré. Faut-il croire ce beau mensonge ? Qui s’en émeut ? La France ? L’Union Européenne ? La crise énergétique parle à leur place. Décidément, il ne faut surtout pas heurter le Qatar, son gaz et ses dollars. 

1. Par Rémi Dupré et Samuel Laurent.

2. Folio, n°6061.

Mundaka, Euskadi…